07/11/2008

XVIème siècle

C'est en 1516 que Thomas MORE (1480-1535), grand chancelier d'Angleterre et confident d'Henry VIII, publia à Louvain son "Utopia", livre dont le titre basé sur un jeu de mots affirmait le but de son auteur de décrire un lieu agréable (eutopia) qui n'existait nulle part (outopia) et se voulait être l'exemple parfait d'une Angleterre idéale divisée en 54 comtés dont les centres seraient 54 villes établies sur plan régulier et réunissant chacune 6.000 familles. 

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Edition originale de "Utopia".

Si cette oeuvre capitale fut presque totalement ignorée des contemporains de Thomas More, elle devait cependant inspirer de nombreux autres utopistes qui reprirent par la suite un même mode d'expression pour décrire leur cité idéale.

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Gravure extraite de "Utopia".

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12:06 Écrit par Luckybiker dans 01 Avant l'ère industrielle | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : thomas more, utopia |  Facebook |

06/11/2008

La Renaissance

Pendant la Renaissance, grâce aux grandes richesses des mécènes, l'imaginaire se rapproche de la réalité et quelques architectes ont le privilège de devenir des faiseurs d'utopies pratiques. C'est aussi pendant ce XVe siècle que les architectes se préoccupèrent pour la première foi d'intégrer la ville à la nature et de tenter de l'adapter au site. 

L'architecte florentin Battista ALBERTI (1404-1472) fut l'un des premiers à s'intéresser a ces problèmes alors que son contemporain FILARETE (1400-1469) aborde les questions d'aménagement urbain et rural en tentant de placer sa ville circulaire dans un vaste paysage. 

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Médaillon représentant Batista Alberti.

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Filarete - Cité imaginaire.

Quant à Léonard de VINCI (1452-1519), inventeur de génie d'autant plus surprenant qu'il est universel, il nous propose une ville où, pour la première fois, l'élément technique prend autant d'importance, sinon plus, que le paysage.

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Dessin de Léonard de Vinci pour un projet de ville sur deux niveaux.

Pour lutter contre l'insalubrité des villes comme Milan, il dessine des projets de ville sur deux niveaux qui organisent verticalement les services et la population. Il écrit:

Et sache que si quelqu'un voulait parcourir la ville en utilisant uniquement les rues hautes, il pourrait le faire commodément; et de même celui qui voudrait circuler en ne prenant que les basses. Dans les rues hautes ne doivent passer ni chariots, ni autres véhicules semblables : ces rues ne servent qu'aux personnes de qualité. Dans les rues basses passeront les chariots et autres transports destinés à l'usage et commodités du peuple.

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Dessin de Léonard de Vinci pour un projet de ville idéale.

05/11/2008

Vitruve et Hippodamos

Si Thomas More fut l'inventeur des utopies, ce mode d'invention de la cité idéale fut utilisé dès l'antiquité par quelques précurseurs inventifs préoccupés et divisés sur la question de savoir si la société devait épouser le cadre nouveau dans lequel elle pouvait s'installer ou si le milieu urbain devait être le reflet de l'ordre social établi. 

Aujourd'hui même, ces questions restent toujours d'actualité et les grands génies urbanistiques de notre XXe siècle n'ont pu y répondre de façon catégorique d'autant plus que les solutions qui, il y a quelques années encore, étaient considérées comme assez avant-gardistes, n'étaient on fait que des trouvailles datant de l'Antiquité. 

La Chartre d'Athènes définissait le processus de zonage et défendait l'orthogonalité des oeuvres architecturales et urbanistiques, idées apparemment assez révolutionnaires pour l'époque. 

Pourtant, le grec HIPPODAMOS découpait déjà le plan du Pirée en damier et entourait ses agoras de trois quartiers réservés aux artisans, aux guerriers et aux agriculteurs, le plan de la ville reflétant ainsi sa fonction et la situation sociale de chacun de ses habitants. 

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Plan du Pirée par Hippodamos.

VITRUVE (1er siècle avant J-C) adopte le parti opposé et propose dans son traité intitulé "De Architectura", une ville sur plan circulaire entourée de murs dont la fonction militaire aurait disparu et traversée par huit artères principales dont le tracé aurait été défini par les huit vents dominants, chaque avenue étant dédiée à l'une des huit divinités des vents. Le bâtisseur de villes devenait ainsi l'interprète des phénomènes célestes. 

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Plan de la ville circulaire selon Vitruve.

Le plan de la ville circulaire que nous proposait Vitruve fut, en réalité, appliqué de nombreuses fois dans l'histoire de l'urbanisme, notamment au Moyen Age où la protection des citoyens civils et religieux exigeait une enceinte fortifiée dont le périmètre soit dépourvu de tout point faible. 

Le développement spontané de certaines villes et villages ruraux se fait aussi très souvent sur ce même schéma de plan. D'après les ethnologues, ce type d'implantation exprimerait le souci d'exorciser la mort et rappellerait à l'homme qu'il participe pour chacun de ses gestes à l'harmonie de la communauté dans laquelle il vit.

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Plan de la ville de Palmanova, construite en 1593

Palmanova_Venise construite en 1593 


Vue aérienne de Palmanova
 


Agrandir le plan

16/10/2008

Introduction

Depuis que toute construction architecturale est passée du stade d'abri extérieur à l'homme et à ses activités au stade d' "enveloppe participante", l'architecte se voit obligé de résoudre des problèmes à la fois techniques et psychologiques. Pour ce faire, il eut recours à la science d'abord et à son tempérament artistique ensuite. De là naquit ce dualisme plus que jamais vivant entre l'objectivité et la froideur de l'ingénieur et l'intuition subjective de l'artiste. 

Au fur et à mesure que la technique se perfectionna, l'architecte put enfin trouver des solutions plus eu moins adéquates à toutes les difficultés qui surgissaient. Le confort s'améliorant lui aussi, il ne se contenta plus dès lors de faire habiter l'homme, mais de lui offrir un habitat conforme à ses désirs et le constructeur s'ingénia à rechercher les problèmes qui pourraient se poser et à les résoudre avant qu'ils ne surgissent. L'homme est ainsi, de par le progrès de ses techniques et de par l'extension progressive de ses connaissances, à la perpétuelle recher­che d'une conception architecturale et urbanistique idéale pour une société idéale, le cadre urbain ne pouvant être dissocié de la communauté sociale qu'il englobe. 

Le prospectif, véritable science d'exploration du phénomène futur, apparut au début de ce siècle et s'imposa rapidement dans tous les domaines. Grâce à loi, l'homme d'aujourd'hui s'accoutumera demain à l'apparition accélérée de perturbations toujours plus nombreuses et plus fréquentes et pourra s'adapter au rythme du progrès, il lui imposera des comportements physiques et intellectuels nouveaux, souples et flexibles, lui permettant ainsi de contrôler plus largement son destin au lieu de le subir. 

L'art se doit de participer directement à cette nouvelle forme d'évolution en offrant l'extraordinaire liberté conceptuelle et imaginative qui lui a toujours permis d'échapper à toutes les contraintes et d'accéder à des dépassements qu'aucune autre activité humaine n'a pu atteindre. 

L'urbanisme, de même d'ailleurs que l'architecture, touche à toutes les disciplines de l'homme, non seulement les sciences physiques et humaines mais aussi et presque surtout, les disciplines, les cultures artistiques, intellectuelles, de la sensibilité, du sentiment et même pourrions-nous dire, de la spiritualité et de la mystique. De par ce fait même, c'est à l'architecte et à l'urbaniste avant tout qu'incombe tâche si difficile de prospecter le futur et de dépasser le stade d'évolution technique et idéologique acquis par la civilisation qui l'entourent. 

Car en ce fait, si les cités qu'ils conçoivent et qu'ils adoptent cor­rectement à nos besoins sont périmées avant d'être conçues clairement, c'est parce que notre conception du monde dépend de l'ensemble de nos connaissances et que nos besoins dépendent de notre conception du monde. Notre évolution perpétuelle exclut notre perfection et notre progrès à long terme exclut notre réussite à court terme. 

Diversité des individus, complexité de chaque individu, évolution de chaque individu et évolution de l'espèce sont les quatre causes fonda­mentales qui excluent notre réussite instantanée et nous condamnent aux approximations et aux essais. 

Le résultat, mais aussi la cause, de tout ce qui précède est que l'espèce humaine toute entière est en évolution : évolutions technique, scientifique, économique et sociale jettent un immense défi à nos bâtisseurs de villes et posent l'un des plus grands problèmes de notre époque qui est de réconcilier l'action et l'idéal, les démarches quotidiennes et les concep­tions du monde, la technique et la pensée. 

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San Elia - Ville future (1914)

La ligne de conduite des architectes et des urbanistes, dans des condi­tions si difficiles, doit donc être de faire vivre l'homme tel que cet homme devient et désire devenir... et pour ce faire ils doivent avant tout témoigner d'une imagination créatrice capable d'allier l'utile et l'agréable, le fonctionnel et l'esthétique. En un mot, il faut que leurs idées soient en avance sur leur époque, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait révolution, de l'inédit, du jamais vu. 

Cependant vouloir absolument faire de l'avant-garde n'est pas une ga­rantie de valeur. Bien des artistes médiocres ont participé à d'authen­tiques mouvements d'avant-gardes : l'importants, ce sont les individus, même s'ils ne pensent pas, pour penser absolument quelque chose, que la terre est plate. 

L'important c'est la volonté de chacun des membres de ce groupe de têtes brûlées de frayer la voie à la grande masse des combattants pour imposer un ordre, après un définitif règlement de compte. Certains prétendront peut-être que l'avant-garde n'existe pas (ou n'existe plus) mais qu'elle est seulement le témoignage du retard accusé par les réalisations matérielles de notre époque sur les possibilités techniques et intellectuelles. 

En fait, l'avant-garde existe en fonction de ce qu'elle sera, de ce qu'elle contient comme énergie esthétique potentielle de son époque. En rendant abstraite la réalité de son temps, elle va presque toujours à l'encontre du goût préexistant, mais en y ajoutant un je ne sais quoi de transcendant, elle fait en sorte que toutes les époques puissent s'y reconnaître, tout en l'identifiant à un spécimen donné. 

Si l'imagination est la condition sine qua non de toute architecture, il est vrai que la vision futuriste, en se laissant aller à la dérive, perd parfois conscience de l'irréalité de ses créations. C'est pourquoi les structures de l'imagination utopique constituent bien souvent un mode de penser sous-jacent à toute théorie architecturale et totalement indépendant des réalisations conformes au style de l'époque.

Certains visionnaires, qualifiés d'utopistes, s'efforcèrent, durant le XIXe siècle principalement, de rompre avec les conceptions philosophiques, morales et matérielles de leur époque. Hommes politiques, philosophes, économistes, sociologues et écrivains multiplièrent les écrits et les théories pour dénoncer les abus d'une société qui se voulait avant tout productrice et pour exposer les solu­tions que quelques industriels et mécènes philanthropes tentèrent de réaliser, parfois à leurs dépends il est vrai.

Paul Maymont - Ville lunaiure [web520]


Paul Maymont - Ville lunaire.

An début du XXe siècle, les artistes d'avant-garde prennent la relève : architectes, urbanistes, peintres et sculpteurs multiplient projets, plans et maquettes et proposent par leurs nombreuses publications de nouvelles enveloppes urbaines de formes et de conceptions audacieuses qui ne s'appuient sur les nouvelles possibilités techniques que pour mieux les dépasser. 

Malheureusement, à l'heure actuelle, il est encore trop tôt pour pouvoir parler de réalisations concrètes dans ces domaines quelques expérimenta­tions virent en effet le jour, grâce à des initiatives individuelles qui ne permettent qu'un travail artisanal. 

Le but de cet étude est de découvrir les différentes solutions qui ont été apportées par les visionnaires de l'architecture aux différents problèmes de leur époque et principalement durant ces deux derniers siècles pendant lesquels la révolution industrielle et la société de production vinrent bouleverser les habitudes acquises au cours des siècles, les problèmes sociaux et économiques faisant alors bouillonner certains esprits et travailler quelques imaginations visionnaires. 

Les tendances multiples que nous analyserons dans les pages qui suivent surprendront peut-être parfois le lecteur, mais elles seront pour lui le témoignage irréfutable de cette tendance universelle qui pousse l'homme à modeler l'univers à la mesure de ses pouvoirs. Les formules architecturales et urbanistiques réunies ici sous les termes plus ou moins vagues d'utopies et d'avant-gardes constituent en fait la partie vivante et créatrice d'un art de vivre moderne, mais il est loin de nous de considérer qu'elles seront nécessairement promises toutes à une longue survie, l'exemple du passé étant là pour nous prouver le nombre d'échecs déjà subis. 

Dans cette période de contestation et de rupture qui est la nôtre, nous assistons à une mutation toujours plus rapide des formes de la vie matérielle et sociale. 

Grâce à l'imagination utopique de quelques visionnaires, nous pouvons enfin, par la pensée et parfois par l'action, recréer une société dans laquelle le fantastique se nourrit du conflit du réel et du possible en remplaçant les éléments les plus ordinaires dans un contexte nouveau. En démentant l'ordre des choses admis, toute vision futuriste est un accroc angoissant à la règle établie et porte en elle le germe du réel de demain. 

Loin de nous l'idée de vouloir démontrer que le monde de demain, l'art et la science futurs soient dès aujourd'hui prédéterminés. Nous ne saurions cependant ignorer certaines attitudes qui commandent, dans notre époque, une prise de conscience humaine des nouvelles voies qui s'ouvrent à nous et qui pourraient peut-être permettre la fixation d'une organisation plus stable. 

Car en fait, les nouvelles structures proposées n'annulent ni ne remplacent en aucune façon les anciennes. Elles fournissent simplement de nouvelles voies approche plus rapides et plus sûres et donnent naissance à de nouveaux systèmes d'intégration des sensations. 

Nous traversons actuellement une de ces phases de destruction et de création simultanée comme il s'en est trouvé peu dans l'histoire de l'humanité. Sachons en profiter pour analyser, avec une curiosité sympathique, les efforts de ceux qui, parmi les artistes, manifestent indiscutablement leur accord avec les formes dominantes de la vie moderne. Au lieu de dénoncer - tâche facile - la fin du monde, essayons de comprendre comment s'en élabore un nouveau. 

Pierre Francastel.

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Buckminster Fuller - Manhattan sous dôme géodésique.