12/12/2008

Le Corbusier: une ville contemporaine.

Les nombreux plans directeurs réalisés par Le Corbusier appliquent un schéma relativement constant aux sites les plus divers. Le premier en date est le plan pour une ville contemporaine de 3 millions d'habitants de 1922. Celui-ci inspirera plus tard les divers autres plans pour Alger, Nemours, Barcelone, Buenos-Aires, Montevideo, Sao Paulo, etc. Le but de ce plan pour "Une Ville Contemporaine de trois millions d'habitants" n'était pas de vaincre des états de choses préexistants, mais d' "arriver en construisant on édifice théorique rigoureux, a formuler des principes fondamentaux d'urbanisme moderne".

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Plan et vue en perspective de la ville contemporaine de Le Corbusier.

Les principes fondamentaux du plan de la ville sont les suivants: 

1) décongestionnement du centre des villes,
2) accroissement de la densité,
3) accroissement des moyens de circulation,
4) accroissement des surfaces plantées. 

Le Corbusier décrit sa ville grâce aux rubriques suivantes:

  • Terrain: le terrain plat est le terrain idéal
  • Population: les urbains, les suburbains et les mixtes (c'est-à-dire ceux qui travaillent dans la cité et vivent à l'extérieur)
  • Densité: augmentation de la densité dans le centre de la ville qui est le siège des affaires
  • Poumon: augmentation des surfaces plantées et diminution du chemin à parcourir: il faut construite le centre de la cité en hauteur;
  • Rue: la rue moderne est un organisme neuf, espèce d'usine en longueur, entrepôt aéré de multiples organes complexes (les canalisations);
  • Circulation: trois sortes de rues, les unes en dessous des autres:

a) en sous-sol (ou niveau inférieur), les poids lourds
b) au niveau du rez-de-chaussée des immeubles, le système multiple et sensible des rues normales
c) Nord-Sud-Est-Ouest, constituant les deux axes de la ville, les autodromes de traversée pour circulation rapide à sens unique, sont établis sur de vastes passerelles de béton et sont raccordées par des rampants au niveau des rues normales; une station de métro est établie au centre de chaque quartier de 16 hectares qui regroupe une population allant de 6.000 à 50.000 habitants

  • Gare: il n'y a qu'une gare qui ne peut être qu'au centre de la ville; c'est un édifice avant tout souterrain qui regroupe

a) sur une plate-forme toiture, un aéroport de 200.000 m².
b) à l'entresol, une grande traversée automobile
c) au rez-de-chaussée, halls et guichets des métros, banlieues, grandes lignes et aviation
d) au 1er sous-sol, métro de pénétration et de grande traversée
e) au 2ème sous-sol, trains de banlieue
f) au 3ème sous-sol: trains de grandes lignes 

  • La cité: 24 gratte-ciel pouvant contenir 10.000 à 50.000 employés chacun, les affaires, les hôtels, etc... 400.000 a 600,000 habitants. Habitations de villes, lotissements à redents fermés: 600.000 habitants. Les cités-jardins: 2.000.000 d'habitants et davantage. 

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Perspective sur l'une des avenues principales de la "ville contemporaine".

À la fin de son étude sur ce projet, Le Corbusier déclare que pour lui, cette ville n'est pas "d'un futurisme périlleux, dynamite littéraire jetée en clameur à la face de celui qui regarde. C'est un spectacle orga­nisé par l'architecture avec les ressources de la plastique qui est le jeu des formes sous la lumière". 

Cet exemple de projet urbanistique réalisé par Le Corbusier montre bien l'attitude engagée, voire révolutionnaire du maître qui avait bien cons­cience de la signification et de la finalité de ses recherches. L'insistance et l'opiniâtreté dont il fit preuve pour défendre dans ses projets les principaux postulats, à la fois rationnels, humains et poétiques de son oeuvre, sont autant de facteurs qui démontrent combien il fut toujours parfaitement conscient du rôle et de la valeur de l'architecture dans la société moderne.

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Vue générale de la Ville contemporaine de trois millions d'habitants.
L'originalité tant de la personnalité même de Le Corbusier que de son oeuvre a suscité dès ses débuts les réactions les plus diverses. Il a en effet été jugé très différemment selon que les criti­ques émanaient d'artistes d'avant-garde, qui cherchaient surtout à sur­prendre et à scandaliser, ou bien d'artistes qui se proposaient au con­traire d'insérer ses nouveaux postulats pragmatiques dans un ensemble esthétique plus large. Dans une polémique célèbre publiée dans Casabella en 1956, Rogers et Argan opposent dans l'oeuvre de Le Corbusier, d'une part la recherche plastique, formelle et psychologique (villa Savoye, Modulor, etc.) et d'autre part, une recherche plus intimiste et symboliste (Ronchamps, La Tourette, Chandigarh, etc.).

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Perspective sur la Ville contemporaine.

C'est ainsi qu'ont survécu à sa mort incertitudes et contradictions au sujet de son oeuvre. Pourtant, à examiner maintenant ce que nous a laissé ce grand architecte, on s'étonne de voir qu'on n'ait pas compris plus tôt que ces contradiction apparentes sont en fait partie intégrante d'un système et d'une poétique. En tant qu'architecte moderne, et surtout en tant que polémiste le plus représen­tatif de la fin du XXe siècle, il est clair que Le Corbusier est nécessairement à la fois au-dedans et au-delà de la culture contemporaine.

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Maquette de la Ville contemporaine.

Mais aujourd'hui, on est déjà venu à se demander si les thèses de Le Corbu­sier ne risquent pas de paraître comme le manuel d'un académisme et si, désormais, ce n'est pas sur d'autres plans que se fait la nouvelle archi­tecture. Car si, pour remettre les choses en état, il entend mettre de l'ordre partout dans la cité, rendre aux hommes la condition de nature et lui donner les moyens de cultiver ses loisirs, c'est avant tout en créant un univers concentrationnaire où le dressage voisine avec la séduction: il y aura des inspecteurs d'étages dans la machine à habiter de Marseille, et, dans le monde qu'il rêve, la joie et la propreté seront obligatoires. Cette tendance de l'oeuvre de La Corbusier est révélatrice du mal qui ronge notre époque que ce monstrueux ordre nouveau soit la version perver­tie d'une idéologie qui, en elle-même, paraît infiniment dangereuse peur l'homme; personne n'a le droit de faire de force le bonheur du voisin. 

Le Corbusier appartient à la lignée de ceux qui, à travers les âges, ont voulu faire le bonheur des autres, voire au prix de leur liberté. Il est de ceux qui aiment que le monde marche tout seul autour d'eux et qui se sentent poètes lorsque leur esprit est délivré des contingences. Au contraire, il n'y a en fait de bonheur viril pour l'homme que dans le plein exercice de ses responsabilités. 

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Etude pour le Modulor.

Il est absolument incontestable que Le Corbusier pose comme formule rationnelle au bonheur humain la création de la cellule à habiter. Pour lui, l'histoire future devrait être faite de la somme des bonheurs sur mesure que des cellules standard bien étudiées assureront techniquement aux générations prochaines. Cet aveuglement, cette ignorance de ce que devrait représenter la ville future par excellence est allée jusqu'à ins­pirer à Le Corbusier un projet de transformation de Paris - hélas partiellement réalisée - où Paris disparaît. 

Cependant, malgré tous ces reproches dont on l'accable aujourd'hui, il faut reconnaître que Le Corbusier a compris parmi les premiers, voici près de cinquante ans, le pouvoir des techniques appliquées au problème de l'habi­tation comme système de formation à la fois des oeuvres et des hommes. Pour lui, l'architecture et l'urbanisme modernes se doivent de mettre en oeuvre les moyens techniques possibles en faveur de la société humaine et de créer ainsi des valeurs pures qui enrichissent l'homme spirituellement. 

Le Corbusier représente donc, par son art et par sa doctrine, un groupe de nouveaux exégètes du machinisme. En dépit des concessions faites aux besoins naturels de l'homme, en dépit de l'hymne aux loisirs, il fait dépendre toutes les valeurs d'une certaine rationalité.

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Etude pour le Modulor.

11/12/2008

Le Corbusier (1887-1965): la Cité radieuse.

Pour Le Corbusier, les notions d'architec­ture et d'urbanisme sont totalement indissociables. Pour lui, une archi­tecture nouvelle qui met en oeuvre les nouvelles techniques de construction et une nouvelle vision de l'espace, n'a de sens qu'intégrée datas une ville moderne.

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La Cité Radieuse de La Corbusier.

Tous les thèmes autour desquels s'organise la ville de Le Corbusier appartiennent au fond commun des architectes progressistes de la même génération: classement des fonctions urbaine, multiplication des espaces verts, création de prototypes fonctionnels, rationalisation de l'habitat collectif. L'apport personnel de Le Corbusier réside surtout dans la systématisation des idées, leur extrême schématisation et leur expression en un style simple, direct et frappant, dont la verve extraordinaire et l'acuité n'ont pas peu contribué à leur succès.

L'œuvre urbanistique de Le Corbusier se présente sous trois aspects: les réalisations, les projets et les écrits. 

Les réalisations de plans urbanistiques sont très peu nombreuses: elles se réduisent pour la période antérieure à 1940 à la modeste cité-jardin de Pessac (1925) composée d'habitations pour la plupart individuelles, et, pour la période postérieure, au plan directeur de Chandigarh.

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La Cité Radieuse de La Corbusier.

Cependant, de nombreuses habitations et un grand nombre de bâtiments publics ont été réalisés par Le Corbusier et ces oeuvres ont, en général, marqué leur temps par leur originalité et leur nouveauté. Parmi celles-ci, l'Unité d'Habitation de Marseille réalisée entre 1947 et 1952 restera sans doute le modèle type le plus connu des premières habitations collectives de la deuxième moitié du XXe siècle. Cette unité d'habita­tions de la banlieue marseillaise est plus une ville qu'un immeuble. Elle a seize étages et peut abriter 1.600 personnes. L'édifice groupe 337 appartements de 23 types différents et sont groupés par deux, s imbriqués tête-bêche au long des corridors d'accès appelés rues intérieures et situés dans l'axe longitudinal du bâtiment.

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Plan et coupe d'un logement type de l'unité d'habitation de Marseille.

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Perspective d'un appartement supérieur.

La première caractéristique de l'ap­partement type est d'être construit sur deux étages comme une maison particulière. La salle commune bénéficie des deux hauteurs d'étage, une grande baie laissant apparaître le magnifique paysage. Les équipements de cuisine font corps avec l'appartement. L'unité d'habitation est desservie par cinq rues intérieures superposées. A mi-hauteur du bâtiment se trouve la rue marchande du ravitaillement, un service de livraison desservant les appartements. Au dernier étages une crèche et une école maternelle en communication avec un toit-terrasse réservé aux enfants.

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Façade colorée de la Cité radieuse.

Les Cités radieuses de Le Corbusier et les solutions qui s'en inspirent sont pratiquement des villes satellites condensées en un ou plusieurs gra­nds immeubles entourés de parcs. Cette solution présente un avantage: les logis ne sont pas isolés les uns des autres comme des villes satellites, mais les habitants voisinent, malheureusement sans avoir de contacts. La plupart des habitants de la Cité radieuse de Marseille ne se connaissent pas. Pourquoi habitent-ils ensemble? Aucun lien ne peut les réunir et ils se côtoient sans se connaître, négligeant les boutiques et les terrains de jeux à leur disposition dans les immeubles. 

D'autre part, les parcs entourant les bâtiments n'apportent pas que la détente et le plaisir du grand air: s'ils sont apaisant pour les nerfs malades, ils ne sont pas une garantie de vie saine et ils éloignent les habitants de leur véritable aspiration: les distractions de la ville. 

Les promenades à travers les parcs n'amènent à la longue que l'ennui et les névroses. Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il fasse beau ou qu'il neige, passer chaque jour dans un parc en sortant et en rentrant chez soi n'est pas forcément agréable. Dans les grandes villes, les parcs ne sont fréquentés que pendant la belle saison. Pourquoi obliger les gens à les traverser chaque jour? 

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Les aménagements en toiture de la Cité radieuse.

Cet immeuble a suscité un grand intérêt, provoquant parfois de vives réac­tions. Il n'en demeure pas moins un exemple par l'ingéniosité dont put faire preuve l'architecte dans les détails et par la beauté sculpturale de l'ensemble. Cette unité d'habitation qui reprend le système du familis­tère est l'une des premières applications de la théorie de Le Corbusier sur la concentration verticale. Il faudrait cependant se garder de juger celle-ci à l'aide de cette seule construction, prévue primitivement pour faire partie d'un groupe d'ensembles analogues qui auraient été disséminés dans un parc sans clôtures et reliés entre eux par des routes. Le groupe aurait également comporté des édifices publics et des jardins.

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Une rue intérieure de la Cité radieuse.

10/12/2008

Walter Gropius (1883-1969): le Bauhaus.

Walter Gropius a essentiellement été un professeur dont l'enseignement à la célèbre école du Bauhaus, puis à la Faculté d'Architecture de Harvard, a marqué deux générations.

Nommé directeur de l'Ecole des arts décoratifs et de l'Académie des Beaux-Arts de Weimar on 1913, il réunit des deux institutions en une seule, baptisée Das Staatliches Bauhaus Weimar, manifestant, par cette fusion, sa volonté de

"donner naissance à un art architectural moderne qui, comme l'homme lui-même, embrasserait une totalité. Notre but ultime est donc l'oeuvre d'art totale et indivisible, le grand édifice dans lequel l'ancienne division entre éléments architecturaux et décoratifs aurait disparu à jamais".

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Walter Gropius.

Amené à chercher une nouvelle définition du rôle de l'architecte, Gropius le situe dans l'intégration d'une équipe de travail pluridisciplinaire.

La réalisation, assez complexe pour l'époque, des bâtiments de Bauhaus à Dessau en 1925, laisse apparaître de nouveaux principes, appliqués par la suite dans toute l'architecture modernes: interpénétration des espaces in­térieurs et extérieurs, nécessité de se déplacer au-dedans et au-dehors du bâtiment pour en saisir les dimensions spatiales.

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Maquette du Bauhaus.

En matière d'urbanisme, les thèmes fondamentaux du Bauhaus étaient axés sur les concepts de standardisation, préfabrication, création d'un espace moderne. Dès 1920, Walter Gropius s'est engagé dans cette voie en s'intéressant à l'habitat urbain après avoir construit en 1926 la cité de Törten près de Dessau, il élabore un projet d'immeubles lamelliformes, orientés en fonction du soleil et séparés par des zones de verdure, dont la cité de Dammerstock, près de Karlsruhe (1927-1928), est le prototype qui servit de modèle à l'urbanisme progressiste.

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Le Bauhaus de Dessau en 1926.

L'ensemble de Berlin-Siemensstadt, édifié en 1929, va offrir l'exemple d'une architecture modulaire de fabrication industrielle, les éléments qui constituent le bâtiment sont tous modulés et produits en série; par leur comptabilité, ils permettent une infinité de combinaisons. Gropius réaffirme donc, face à Ruskin et à Morris, que l'industrialisation n'entraîne pas nécessairement l'abandon de la qualité et de l'esthétique, et que la beauté, au contraire, se dégage des formes rationnelles.

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Le Bauhaus de Dessau vers 1925-1926.

La constatation suivante de Walter Gropius souligne cette similitude de pensée: 

Une chose est déterminée par son essence. Pour lui donner une forme lui permettant de fonctionner correctement, il faut d'abord étudier son essence; elle doit en effet servir parfaitement à son usage, c'est-à-dire assurer pratiquement ses fonctions, durer, être économique et belle

A la différence d'autres architectes modernes, tels que Le Corbusier, la forme ne se trouve donc pas à l'origine du développement, mais est le produit d'un processus de développement. Le fonctionnement est essentiel mais il ne faut pas entendre par perfectionnement les seuls aspects rationnels, mais aussi les aspects échappant à la justification rationnelle, Gropius souligne encore que la chose est déterminée par son essence.

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Détail du Bauhaus de Dessau (Photo de Lucia Moholy)

Le fonctionnement parfait de la vie quotidienne n'est toutefois pas un objectif final, mais uniquement la condition préalable à l'obtention d'une liberté et d'une indépendance personnelles maximales. La standardisation des phénomènes de la vie pratique, à laquelle le Bauhaus vise, ne signifie donc pas la réduction en esclavage et la mécani­sation de l'individu, mais libère des charges inutiles, afin de permettre son épanouissement plus libre et plus riche.

Les caractéristiques typiques des bâtiments de Gropius sont des lignes claires, exemptes de toute addition inutile, bien proportionnées, comme on les trouve aussi dans les produits industriels modernes, sans souci d'une ancienne représentation, répondant à d'autres conditions. 

Un élément essentiel de l'appréciation d'un ouvrage demeure de savoir si l'architecte ou l'ingénieur a créé, avec un minimum de temps et de matière, un instrument qui fonctionne, c'est-à-dire qui sert parfaitement à l'usage vital exigé, ce dernier pouvant répondre à des conditions aussi bien morales que matérielles.

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Poster de Walter Gropius.

Appliquant sa théorie de l'industrialisation à la ville, Walter Gropius constate que: 

L'unification des composantes architecturales devrait contribuer à donner à nos villes cette homogénéité salutaire qui est la marque propre d'une culture urbaine supérieure. Une prudente limitation à quelques types standard d'édifices augmente leur qualité et diminue leur prix de revient, élevant par là même le niveau social de la population dans son ensemble. La répétition d'éléments standardisés et l'utilisation de matériaux iden­tiques dans les différents édifices se traduiront, dans nos villes, par une unité et une sobriété comparables à celles que l'uniformité du vêtement a introduite dans la vie sociale.

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L'une des façades du Bauhaus.

L'apport de Gropius reste essentiel. Il a mis le rôle de l'architecte à l'ère industrielle. Son influence se situe dans les deux plans technique et théorique. Avant sa mettre au point un certain nombre de procédés de fabrication, il a également, lors de ses cours et dans ses écrits, incité ses multiples auditeurs à une recherche méthodique de cohérence et de rationalité dans l'utilisation des techniques de production industrielle; enfin, de même que Le Corbusier et Mies Van der Rohe, il a contribué à l'avènement de l'architecture rationnelle de style international.

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Le Bauhaus dans son état actuel, après rénovation.

Lien: http://www.bauhaus.de/

18:00 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : bauhaus, dessau, gropius |  Facebook |

09/12/2008

Tony Garnier (1869-1948): la cité industrielle.

Architecte et urbaniste français, Tony Garnier élabore, de 1901 à 1904, le projet révolutionnaire d'une "Cité Industrielle" rejoignant ainsi, mais cette fois à plus grande échelle, avec la tradition des utopistes qui le précédèrent.

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Tony Garnier.
Cette étude, publié en 1917, aura une influence considérable, tant du point de vue de l'urbanisme que celui de l'architecture. En effet, Garnier ne se contente pas de décrire l'organisation fonction­nelle d'une ville, mais conçoit également un grand nombre d'innovations architecturales.

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Page de garde de La Cité industrielle de Tony Garnier.

Il situe son agglomération en bordure d'un fleuve, dans un endroit imaginaire du sud-est de la France. Construite suivant le principe du zoning (répartition en zones réservées à certaines activités), la cité ne comprend ni caserne ni église, mais est pourvue de nombreux équipements collectifs tels que des parcs, des terrains de sports, des hôpitaux, un centre social, etc. Les habitants, trente-cinq mille environ, qui disposent librement du sol, doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

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La zone industrielle.

Dans un but rationnel, l'usine est localisée dans la plaine, à proximi­té d'un barrage hydro-électrique et d'une voie ferrée. Les quartiers d'habitation, où se trouvent les écoles primaires, sont groupés sur un plateau orienté au sud, à l'abri des vents du nord et des émanations de l'usine; ils sont entrecoupés de vastes espaces verts non clôturés, qui permettent la libre circulation des piétons. Les maisons standardisées, de formes cubiques, sont largement ouvertes à la lumière les cours intérieures sont supprimées et les bâtiments assez espacés, selon le principe aujourd'hui appelé "prospect", de façon à éviter qu'ils ne se portent ombre mutuellement. Le centre de la ville est réservé aux services administratifs et aux équipements publics.

 Cité industrielle de Tony Garnier coll Musée social CEDIAS [web520]


Habitations individuelles.

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La cité jardin.
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Modèles d'habitations individuelles.

Sur tous ses devanciers, Tony Garnier présente une innovation technique considérable qui est d'adopter le béton armé pour tous ses édifices, et une innovation esthétique non moins grande qui est d'opter pour un stylo épuré. 

Vingt ans à l'avance, il aura défini ce que l'on appellera "le style international". Les formes qu'il donne à ses bâtiments sont d'une prémonition étonnante puisqu'il imagine aussi bien le plan de verre que les fenêtres en lar­geur, le toit terrasse, les pilotis, les porte-à-faux et des innovations techniques comme le bloc-eau, le chauffage collectif électrique, le contrôle thermique, etc. Tony Garnier - Cité industrielle - Centre d'héliothérapie [web520]


Centre d'héliothérapie.

Tony Garnier - Cité industrielle - Ecole verte [web520]


Ecole verte.
 Tony Garnier - Cité industrielle - Hopital [web520]
Hôpital.

Le fonctionnalisme se manifeste dans la volonté d'adapter les données architecturales et l'organisation d'ensemble aux besoins de l'homme vivant à l'ère industrielle et qui doit tenter de rester en contact avec la nature. 

C'est donc plutôt en théoricien que Tony Garnier a exercé une influence durable sur l'architecture contemporaine. Son oeuvre est celle d'un précurseur, car elle contient en puissance les bases de l'urbanisme actuel et les idées qui seront développées par le Corbusier, notamment lors des CIAM.

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La gare.

Tony Garnier - Cité industrielle - Pilotis [web520]


Constructions sur pilotis.

Tony Garnier - Cité industrielle - Usines [web520]


Les usines.

 

18:45 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : garnier |  Facebook |

08/12/2008

La Charte d'Athènes.

En se déplaçant des structures économiques et sociales vers les structures techniques et esthétiques, l'intérêt des urbanistes s'oriente de plus en plus vers les problèmes posés par l'em­ploi des matériaux nouveaux (acier et béton) et les méthodes de standar­disation et de mécanisation, ce qui amène inévitablement leur sens esthé­tique à une conception assez austère et par trop rationnelle d'une beau­té résultant de formes simples et dépouillées.

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Le Corbusier.

Réunies en 1943 dans la Chartres d'Athènes, toutes les théories défendues par les architectes progressistes visent vers l'universel par la recher­che d'un "type idéal de l'établissement humain" (Gropius) qui ne sera en fait que l'expression d'une liberté de la raison mise au ser­vice de l'efficacité et de l'esthétique. 

Walter Gropius a recherché une définition du terme "rationnel" applicable à l'architecture du groupe CIAM terme que, selon lui, on doit opposer à la signification qu'on lui donne trop fréquemment" de synonyme &' "économique". A son avis, "rationnel" signifie "selon la raison" et com­porte, à part les exigences économiques, des exigences surtout psycholo­giques et sociales. 

En séparant les quatre grandes fonctions de la ville (habiter, travailler, circuler, se cultiver), la Chartres d'Athènes instaure le système de zonage qui divise la cité en ville-outil, ville-dortoir et ville-spectacle et l'ordre rigoureux, propre à faciliter toute activité productrice est régi par une géométrie simple, une logique mathématique où l' "orthogonisme" règle toute la composition.

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Couverture de l'édition 1957 de la Charte d'Athènes.

Grâce à (ou pour mieux dire à cause de) une architecture de bulldozer, l'urbanisme devient indépendant du site, mais la construction en hauteur d'unités d'habitation autonomes construites sur pilotis permet de dégager le sol et de multiplier les espaces verts en dédensifiant la ville. Malheureusement, cette atomisation des unités a pour conséquence de ne pas créer un climat véritablement urbain mais d'établir des lieux de contraintes, un cadre de vie dont la rigide détermination est due avant tout à la recherche de l'efficacité. 

Gropius remarque aussi que, de même que les progrès réalisés dans les villes intéressent la population rurale, le citadin, dans une sorte de nostalgie pour les charmes de la vie à la campagne, essaie à en recréer l'ambiance en recherchant une forme d'habitation correspondante. On peut dire que la lutte pour la recherche d'une habitation adéquate à chaque individu a une origine psychologique et qu'elle est, par consé­quent, soumise à des réactions et à des psychoses, comme nous le prouvent les critiques passionnées contre les boîtes à loger. Quarante ans plus tard, ces critiques sont celles qui s'élèvent contre les grands ensembles et qui créent le terme de "sarcellite" pour définir ce malaise. 

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Le plan Voisin de Le Corbusier pour le centre de Paris, inspiré des principes de la Charte d'Athènes.

Le groupe CIAM prenait donc déjà conscience que les conditions de loge­ments sains "air-son-lumière" devaient dépasser cette formule qui ne pouvait, à elle seule, suffire à la satisfaction des besoins du logement. Cependant on peut lui reprocher de n'avoir pas étudié ce problème plus profondément et d'avoir négligé certains aspects de l'urbanisme qui nous sont aujourd'hui familiers: le poids de l'économie sur l'urbanisme y est manifestement sous-estimé, l'aspect biologique de la concentration urbaine n'y est mentionné que pour mémoire, la recherche sociologique n'apparaît que très fragmentairement dans les analyses, et les exigences de conclusions ne mentionnent guère la part de la sociologie en tant que telle dans l'urbanisme.

Malgré tout, l'intérêt de la Chartres d'Athènes réside avant tout dans l'indéniable coup de fouet et dans le renouveau qu'elle a apporté aux études du deuxième tiers du XXe siècle. Elle a été, dans une mesure qu'il est encore difficile d'évaluer, le ferment qui a permis l'éclosion de certaines théories, le banc d'essai de la discussion de ces théories et le relais qui a facilita leur diffusion et leur acceptation.

18:15 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : charte, athenes, le corbusier |  Facebook |

07/12/2008

Théories transitoires.

Durant la première moitié du XXe siècle, quelques architectes de génie, inspirés par les théories utopiques du siècle qui les a précédé, tentent de socialiser une architecture moderne qui, jus­que là, n'avait été consommée que par quelques rares privilégiés. C'est pourquoi, en utilisant les nouvelles techniques mises à leur dispo­sition (celles de l'acier et du béton en particulier), ces architectes et ces urbanistes se classent-ils à la fois dans les utopies sociales du XIXe siècle et dans les tendances d'avant-garde formelle et esthétique de la seconde moitié du XXe siècle. 

Car en effet, si Tony Garnier, Le Corbusier, Walter Gropius, F.-L. Wright et tant d'autres sont les promoteurs d'une architecture de masse acces­sible à tous, il est indéniable que leur influence esthétique marqua et marque encore profondément plusieurs générations d'architectes et d'urba­nistes. 

Ainsi donc, l'urbanisme du XXe siècle, qui succède au pré-urbanisme du XIXe siècle, est avant tout l'apanage de spécialistes, généralement architectes et urbanistes, au lieu d'être l'oeuvre de généralistes (historiens, économistes, hommes politiques,...) Cet urbanisme est en grande partie dépolitisé et assigne à tous ses praticiens une tâche pratique les réduisant à formuler et à appliquer des théories qui ont une prise directe sur le réel.

18:15 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/12/2008

Bois-du-Luc ou Bosquetville

La Société Civile des Charbonnages du Bois-du-Luc, La Barette et Trivières, Saint-Denis, Obourg, Havré est la doyenne de toutes les sociétés du pays: elle fut en effet fondée le 14 février 1685. 

En 1822, l'ensemble des concessions de la Société comprenait 5.700 hec­tares répartis sur les différentes communes.

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Les charbonnages de Bois-du-Luc avec les carrés formés par les logements des mineurs et, à droite, le "château" du gérant.

Au Bois-du-Luc, la cité du Bosquetville qui s'étendait sur les communes de Houdeng-Aimeries et Trivières, fut longtemps considérée comme un modèle qui, aujourd'hui encore, conserve son originalité caractéristique. Edifiées en 1838 à proximité de la Fosse Sainte-Barbe, 166 habitations forment cette cité dont le plan comprend quatre "carrés" traversés perpendiculairement par les deux artères principales. D'autres demeures furent aussi bâties par la Société de Bois-du-Luc qui posséda jusqu'à 698 maisons.

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Plan général de Bois-du-Luc.

Des arbres furent plantés dans certaines rues de la cité et un parc (parc du Quinconce) comprenant Kiosque et buvette fut même aménagé dès 1850. Une école primaire fut créée au centre de la cité du Bosquet et une école ménagère y fut ouverte en 1895, les différentes écoles totali­sant jusqu'à 950 élèves. Il y eut aussi une école de mineurs, une biblio­thèque et des salles de fêtes, la famille Plunkett de Rathmore, d'origine irlandaise, prit une part importante dans la direction de l'entreprise et légua en 1861 des portions de ses quotités pour la fondation de l'hospice et de l'hôpital créés grâce à elle au profit des ouvriers et vieillards ayant été au service de la Société.

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La place au centre des carrés de Bois-du-Luc.

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L'hôpital et l'hospice, construits à proximité de la cité ouvrière.

Tous ces établissements ainsi que la cité ouvrière elle-même reçurent la visite de Léopold 1er, du Prince Albert, du Prince Léopold et de la Reine Astrid. 

Si la crise des charbonnages n'était pas venue interrompre brusquement la croissance de Bosquetville, celle-ci serait certainement devenue uns commune indépendante puisqu'elle réunissait à elle seule toutes les fonctions d'une agglomération importante, depuis les transports publics (un premier chemin de fer vers Houdeng fut créé en 1847) jusqu'au lieu de culte.

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Les logements des mineurs sont disposés en carrés.

Aujourd'hui, alors que les activités du charbonnage de Bois-du-Luc sont arrêtées, les "carrés" d'habitation sont devenus des logements sociaux et sont essentiellement occupés par la main-d'œuvre étrangère (italiens, polonais, marocains) venue chercher du travail dans notre pays.

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La place de Bois-du-Luc vue de l'étage du château du gérant avec, dans l'axe, la silhouette de l'hôpital et de l'hospice.

Lien: http://www.ecomusee-regional-du-centre.be 


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Vue aérienne des carrés de Bois-du-Luc.