10/12/2008

Walter Gropius (1883-1969): le Bauhaus.

Walter Gropius a essentiellement été un professeur dont l'enseignement à la célèbre école du Bauhaus, puis à la Faculté d'Architecture de Harvard, a marqué deux générations.

Nommé directeur de l'Ecole des arts décoratifs et de l'Académie des Beaux-Arts de Weimar on 1913, il réunit des deux institutions en une seule, baptisée Das Staatliches Bauhaus Weimar, manifestant, par cette fusion, sa volonté de

"donner naissance à un art architectural moderne qui, comme l'homme lui-même, embrasserait une totalité. Notre but ultime est donc l'oeuvre d'art totale et indivisible, le grand édifice dans lequel l'ancienne division entre éléments architecturaux et décoratifs aurait disparu à jamais".

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Walter Gropius.

Amené à chercher une nouvelle définition du rôle de l'architecte, Gropius le situe dans l'intégration d'une équipe de travail pluridisciplinaire.

La réalisation, assez complexe pour l'époque, des bâtiments de Bauhaus à Dessau en 1925, laisse apparaître de nouveaux principes, appliqués par la suite dans toute l'architecture modernes: interpénétration des espaces in­térieurs et extérieurs, nécessité de se déplacer au-dedans et au-dehors du bâtiment pour en saisir les dimensions spatiales.

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Maquette du Bauhaus.

En matière d'urbanisme, les thèmes fondamentaux du Bauhaus étaient axés sur les concepts de standardisation, préfabrication, création d'un espace moderne. Dès 1920, Walter Gropius s'est engagé dans cette voie en s'intéressant à l'habitat urbain après avoir construit en 1926 la cité de Törten près de Dessau, il élabore un projet d'immeubles lamelliformes, orientés en fonction du soleil et séparés par des zones de verdure, dont la cité de Dammerstock, près de Karlsruhe (1927-1928), est le prototype qui servit de modèle à l'urbanisme progressiste.

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Le Bauhaus de Dessau en 1926.

L'ensemble de Berlin-Siemensstadt, édifié en 1929, va offrir l'exemple d'une architecture modulaire de fabrication industrielle, les éléments qui constituent le bâtiment sont tous modulés et produits en série; par leur comptabilité, ils permettent une infinité de combinaisons. Gropius réaffirme donc, face à Ruskin et à Morris, que l'industrialisation n'entraîne pas nécessairement l'abandon de la qualité et de l'esthétique, et que la beauté, au contraire, se dégage des formes rationnelles.

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Le Bauhaus de Dessau vers 1925-1926.

La constatation suivante de Walter Gropius souligne cette similitude de pensée: 

Une chose est déterminée par son essence. Pour lui donner une forme lui permettant de fonctionner correctement, il faut d'abord étudier son essence; elle doit en effet servir parfaitement à son usage, c'est-à-dire assurer pratiquement ses fonctions, durer, être économique et belle

A la différence d'autres architectes modernes, tels que Le Corbusier, la forme ne se trouve donc pas à l'origine du développement, mais est le produit d'un processus de développement. Le fonctionnement est essentiel mais il ne faut pas entendre par perfectionnement les seuls aspects rationnels, mais aussi les aspects échappant à la justification rationnelle, Gropius souligne encore que la chose est déterminée par son essence.

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Détail du Bauhaus de Dessau (Photo de Lucia Moholy)

Le fonctionnement parfait de la vie quotidienne n'est toutefois pas un objectif final, mais uniquement la condition préalable à l'obtention d'une liberté et d'une indépendance personnelles maximales. La standardisation des phénomènes de la vie pratique, à laquelle le Bauhaus vise, ne signifie donc pas la réduction en esclavage et la mécani­sation de l'individu, mais libère des charges inutiles, afin de permettre son épanouissement plus libre et plus riche.

Les caractéristiques typiques des bâtiments de Gropius sont des lignes claires, exemptes de toute addition inutile, bien proportionnées, comme on les trouve aussi dans les produits industriels modernes, sans souci d'une ancienne représentation, répondant à d'autres conditions. 

Un élément essentiel de l'appréciation d'un ouvrage demeure de savoir si l'architecte ou l'ingénieur a créé, avec un minimum de temps et de matière, un instrument qui fonctionne, c'est-à-dire qui sert parfaitement à l'usage vital exigé, ce dernier pouvant répondre à des conditions aussi bien morales que matérielles.

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Poster de Walter Gropius.

Appliquant sa théorie de l'industrialisation à la ville, Walter Gropius constate que: 

L'unification des composantes architecturales devrait contribuer à donner à nos villes cette homogénéité salutaire qui est la marque propre d'une culture urbaine supérieure. Une prudente limitation à quelques types standard d'édifices augmente leur qualité et diminue leur prix de revient, élevant par là même le niveau social de la population dans son ensemble. La répétition d'éléments standardisés et l'utilisation de matériaux iden­tiques dans les différents édifices se traduiront, dans nos villes, par une unité et une sobriété comparables à celles que l'uniformité du vêtement a introduite dans la vie sociale.

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L'une des façades du Bauhaus.

L'apport de Gropius reste essentiel. Il a mis le rôle de l'architecte à l'ère industrielle. Son influence se situe dans les deux plans technique et théorique. Avant sa mettre au point un certain nombre de procédés de fabrication, il a également, lors de ses cours et dans ses écrits, incité ses multiples auditeurs à une recherche méthodique de cohérence et de rationalité dans l'utilisation des techniques de production industrielle; enfin, de même que Le Corbusier et Mies Van der Rohe, il a contribué à l'avènement de l'architecture rationnelle de style international.

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Le Bauhaus dans son état actuel, après rénovation.

Lien: http://www.bauhaus.de/

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09/12/2008

Tony Garnier (1869-1948): la cité industrielle.

Architecte et urbaniste français, Tony Garnier élabore, de 1901 à 1904, le projet révolutionnaire d'une "Cité Industrielle" rejoignant ainsi, mais cette fois à plus grande échelle, avec la tradition des utopistes qui le précédèrent.

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Tony Garnier.
Cette étude, publié en 1917, aura une influence considérable, tant du point de vue de l'urbanisme que celui de l'architecture. En effet, Garnier ne se contente pas de décrire l'organisation fonction­nelle d'une ville, mais conçoit également un grand nombre d'innovations architecturales.

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Page de garde de La Cité industrielle de Tony Garnier.

Il situe son agglomération en bordure d'un fleuve, dans un endroit imaginaire du sud-est de la France. Construite suivant le principe du zoning (répartition en zones réservées à certaines activités), la cité ne comprend ni caserne ni église, mais est pourvue de nombreux équipements collectifs tels que des parcs, des terrains de sports, des hôpitaux, un centre social, etc. Les habitants, trente-cinq mille environ, qui disposent librement du sol, doivent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

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La zone industrielle.

Dans un but rationnel, l'usine est localisée dans la plaine, à proximi­té d'un barrage hydro-électrique et d'une voie ferrée. Les quartiers d'habitation, où se trouvent les écoles primaires, sont groupés sur un plateau orienté au sud, à l'abri des vents du nord et des émanations de l'usine; ils sont entrecoupés de vastes espaces verts non clôturés, qui permettent la libre circulation des piétons. Les maisons standardisées, de formes cubiques, sont largement ouvertes à la lumière les cours intérieures sont supprimées et les bâtiments assez espacés, selon le principe aujourd'hui appelé "prospect", de façon à éviter qu'ils ne se portent ombre mutuellement. Le centre de la ville est réservé aux services administratifs et aux équipements publics.

 Cité industrielle de Tony Garnier coll Musée social CEDIAS [web520]


Habitations individuelles.

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La cité jardin.
 Tony Garnier - Cité industrielle - Habitations individuelles 02 [web520]
Modèles d'habitations individuelles.

Sur tous ses devanciers, Tony Garnier présente une innovation technique considérable qui est d'adopter le béton armé pour tous ses édifices, et une innovation esthétique non moins grande qui est d'opter pour un stylo épuré. 

Vingt ans à l'avance, il aura défini ce que l'on appellera "le style international". Les formes qu'il donne à ses bâtiments sont d'une prémonition étonnante puisqu'il imagine aussi bien le plan de verre que les fenêtres en lar­geur, le toit terrasse, les pilotis, les porte-à-faux et des innovations techniques comme le bloc-eau, le chauffage collectif électrique, le contrôle thermique, etc. Tony Garnier - Cité industrielle - Centre d'héliothérapie [web520]


Centre d'héliothérapie.

Tony Garnier - Cité industrielle - Ecole verte [web520]


Ecole verte.
 Tony Garnier - Cité industrielle - Hopital [web520]
Hôpital.

Le fonctionnalisme se manifeste dans la volonté d'adapter les données architecturales et l'organisation d'ensemble aux besoins de l'homme vivant à l'ère industrielle et qui doit tenter de rester en contact avec la nature. 

C'est donc plutôt en théoricien que Tony Garnier a exercé une influence durable sur l'architecture contemporaine. Son oeuvre est celle d'un précurseur, car elle contient en puissance les bases de l'urbanisme actuel et les idées qui seront développées par le Corbusier, notamment lors des CIAM.

 Tony Garnier - Cité industrielle - La gare [web520]


La gare.

Tony Garnier - Cité industrielle - Pilotis [web520]


Constructions sur pilotis.

Tony Garnier - Cité industrielle - Usines [web520]


Les usines.

 

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08/12/2008

La Charte d'Athènes.

En se déplaçant des structures économiques et sociales vers les structures techniques et esthétiques, l'intérêt des urbanistes s'oriente de plus en plus vers les problèmes posés par l'em­ploi des matériaux nouveaux (acier et béton) et les méthodes de standar­disation et de mécanisation, ce qui amène inévitablement leur sens esthé­tique à une conception assez austère et par trop rationnelle d'une beau­té résultant de formes simples et dépouillées.

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Le Corbusier.

Réunies en 1943 dans la Chartres d'Athènes, toutes les théories défendues par les architectes progressistes visent vers l'universel par la recher­che d'un "type idéal de l'établissement humain" (Gropius) qui ne sera en fait que l'expression d'une liberté de la raison mise au ser­vice de l'efficacité et de l'esthétique. 

Walter Gropius a recherché une définition du terme "rationnel" applicable à l'architecture du groupe CIAM terme que, selon lui, on doit opposer à la signification qu'on lui donne trop fréquemment" de synonyme &' "économique". A son avis, "rationnel" signifie "selon la raison" et com­porte, à part les exigences économiques, des exigences surtout psycholo­giques et sociales. 

En séparant les quatre grandes fonctions de la ville (habiter, travailler, circuler, se cultiver), la Chartres d'Athènes instaure le système de zonage qui divise la cité en ville-outil, ville-dortoir et ville-spectacle et l'ordre rigoureux, propre à faciliter toute activité productrice est régi par une géométrie simple, une logique mathématique où l' "orthogonisme" règle toute la composition.

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Couverture de l'édition 1957 de la Charte d'Athènes.

Grâce à (ou pour mieux dire à cause de) une architecture de bulldozer, l'urbanisme devient indépendant du site, mais la construction en hauteur d'unités d'habitation autonomes construites sur pilotis permet de dégager le sol et de multiplier les espaces verts en dédensifiant la ville. Malheureusement, cette atomisation des unités a pour conséquence de ne pas créer un climat véritablement urbain mais d'établir des lieux de contraintes, un cadre de vie dont la rigide détermination est due avant tout à la recherche de l'efficacité. 

Gropius remarque aussi que, de même que les progrès réalisés dans les villes intéressent la population rurale, le citadin, dans une sorte de nostalgie pour les charmes de la vie à la campagne, essaie à en recréer l'ambiance en recherchant une forme d'habitation correspondante. On peut dire que la lutte pour la recherche d'une habitation adéquate à chaque individu a une origine psychologique et qu'elle est, par consé­quent, soumise à des réactions et à des psychoses, comme nous le prouvent les critiques passionnées contre les boîtes à loger. Quarante ans plus tard, ces critiques sont celles qui s'élèvent contre les grands ensembles et qui créent le terme de "sarcellite" pour définir ce malaise. 

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Le plan Voisin de Le Corbusier pour le centre de Paris, inspiré des principes de la Charte d'Athènes.

Le groupe CIAM prenait donc déjà conscience que les conditions de loge­ments sains "air-son-lumière" devaient dépasser cette formule qui ne pouvait, à elle seule, suffire à la satisfaction des besoins du logement. Cependant on peut lui reprocher de n'avoir pas étudié ce problème plus profondément et d'avoir négligé certains aspects de l'urbanisme qui nous sont aujourd'hui familiers: le poids de l'économie sur l'urbanisme y est manifestement sous-estimé, l'aspect biologique de la concentration urbaine n'y est mentionné que pour mémoire, la recherche sociologique n'apparaît que très fragmentairement dans les analyses, et les exigences de conclusions ne mentionnent guère la part de la sociologie en tant que telle dans l'urbanisme.

Malgré tout, l'intérêt de la Chartres d'Athènes réside avant tout dans l'indéniable coup de fouet et dans le renouveau qu'elle a apporté aux études du deuxième tiers du XXe siècle. Elle a été, dans une mesure qu'il est encore difficile d'évaluer, le ferment qui a permis l'éclosion de certaines théories, le banc d'essai de la discussion de ces théories et le relais qui a facilita leur diffusion et leur acceptation.

18:15 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : charte, athenes, le corbusier |  Facebook |

07/12/2008

Théories transitoires.

Durant la première moitié du XXe siècle, quelques architectes de génie, inspirés par les théories utopiques du siècle qui les a précédé, tentent de socialiser une architecture moderne qui, jus­que là, n'avait été consommée que par quelques rares privilégiés. C'est pourquoi, en utilisant les nouvelles techniques mises à leur dispo­sition (celles de l'acier et du béton en particulier), ces architectes et ces urbanistes se classent-ils à la fois dans les utopies sociales du XIXe siècle et dans les tendances d'avant-garde formelle et esthétique de la seconde moitié du XXe siècle. 

Car en effet, si Tony Garnier, Le Corbusier, Walter Gropius, F.-L. Wright et tant d'autres sont les promoteurs d'une architecture de masse acces­sible à tous, il est indéniable que leur influence esthétique marqua et marque encore profondément plusieurs générations d'architectes et d'urba­nistes. 

Ainsi donc, l'urbanisme du XXe siècle, qui succède au pré-urbanisme du XIXe siècle, est avant tout l'apanage de spécialistes, généralement architectes et urbanistes, au lieu d'être l'oeuvre de généralistes (historiens, économistes, hommes politiques,...) Cet urbanisme est en grande partie dépolitisé et assigne à tous ses praticiens une tâche pratique les réduisant à formuler et à appliquer des théories qui ont une prise directe sur le réel.

18:15 Écrit par Luckybiker dans 04 Théories transitoires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/12/2008

Bois-du-Luc ou Bosquetville

La Société Civile des Charbonnages du Bois-du-Luc, La Barette et Trivières, Saint-Denis, Obourg, Havré est la doyenne de toutes les sociétés du pays: elle fut en effet fondée le 14 février 1685. 

En 1822, l'ensemble des concessions de la Société comprenait 5.700 hec­tares répartis sur les différentes communes.

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Les charbonnages de Bois-du-Luc avec les carrés formés par les logements des mineurs et, à droite, le "château" du gérant.

Au Bois-du-Luc, la cité du Bosquetville qui s'étendait sur les communes de Houdeng-Aimeries et Trivières, fut longtemps considérée comme un modèle qui, aujourd'hui encore, conserve son originalité caractéristique. Edifiées en 1838 à proximité de la Fosse Sainte-Barbe, 166 habitations forment cette cité dont le plan comprend quatre "carrés" traversés perpendiculairement par les deux artères principales. D'autres demeures furent aussi bâties par la Société de Bois-du-Luc qui posséda jusqu'à 698 maisons.

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Plan général de Bois-du-Luc.

Des arbres furent plantés dans certaines rues de la cité et un parc (parc du Quinconce) comprenant Kiosque et buvette fut même aménagé dès 1850. Une école primaire fut créée au centre de la cité du Bosquet et une école ménagère y fut ouverte en 1895, les différentes écoles totali­sant jusqu'à 950 élèves. Il y eut aussi une école de mineurs, une biblio­thèque et des salles de fêtes, la famille Plunkett de Rathmore, d'origine irlandaise, prit une part importante dans la direction de l'entreprise et légua en 1861 des portions de ses quotités pour la fondation de l'hospice et de l'hôpital créés grâce à elle au profit des ouvriers et vieillards ayant été au service de la Société.

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La place au centre des carrés de Bois-du-Luc.

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L'hôpital et l'hospice, construits à proximité de la cité ouvrière.

Tous ces établissements ainsi que la cité ouvrière elle-même reçurent la visite de Léopold 1er, du Prince Albert, du Prince Léopold et de la Reine Astrid. 

Si la crise des charbonnages n'était pas venue interrompre brusquement la croissance de Bosquetville, celle-ci serait certainement devenue uns commune indépendante puisqu'elle réunissait à elle seule toutes les fonctions d'une agglomération importante, depuis les transports publics (un premier chemin de fer vers Houdeng fut créé en 1847) jusqu'au lieu de culte.

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Les logements des mineurs sont disposés en carrés.

Aujourd'hui, alors que les activités du charbonnage de Bois-du-Luc sont arrêtées, les "carrés" d'habitation sont devenus des logements sociaux et sont essentiellement occupés par la main-d'œuvre étrangère (italiens, polonais, marocains) venue chercher du travail dans notre pays.

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La place de Bois-du-Luc vue de l'étage du château du gérant avec, dans l'axe, la silhouette de l'hôpital et de l'hospice.

Lien: http://www.ecomusee-regional-du-centre.be 


Agrandir le plan


Vue aérienne des carrés de Bois-du-Luc.

05/12/2008

Le Grand Hornu

Le développement sans cesse croisant des charbonnages exigeant une main-d'oeuvre de plus en plus nombreuse, main-d'oeuvre de plus en plus difficile à recruter, les exploitants des charbonnages cons­truisirent durant le XIXe siècle de vastes cités ouvrières. Parmi celles du début du siècle dernier, il faut noter la cité du Grand Hornu, située sur la route de Mons à Boussu à quelques trois cents mètres des Quatre Pavés de Hornu.

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Vue aérienne du Grand Hornu.

L'ensemble des constructions régulières et bien alignées bordaient la route sur la gauche, entourant une plaine plantée d'arbres et appelées autrefois plage d'Orange. Ces habitations furent construites par M.Degorge-Legrand pour les ouvriers des Charbonnages du Grand Hornu. 

A l'époque où M. Degorge-Legrand devint propriétaire de ces mines, les deux seuls puits à charbon qui existaient alors étaient épuisés. De 1810 à 1825, M.Degorge-Legrand fit creuser dix puits de mine, mais de grandes difficultés vinrent entraver son entreprise, les travaux souterrains étant fréquemment inondés (en 1811 notamment). 

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L'entrée principale du Grand Hornu.

Ce ne fut que pendant les années 1816 et 1817 que le propriétaire se trou­va en mesura de donner à son établissement les développements qui devaient faire de ce charbonnage l'un des principaux du pays. Comme il devait employer quinze à dix-huit cents ouvriers et que la commune d'Hornu comptait à peine trois mille habitants, il devait attirer chez lui des travailleurs étrangers au village. 

C'est principalement pour cette raison que de 1823 à 1825 cent septante-cinq habitations ouvrières furent construites. En 1832, leur nombre s'élevait à deux cent quarante-cinq. Cette colonie se compléta par une installation de bain, une salle de fêtes et une vaste école mixte où plus de deux cents enfants suivaient les cours. Dans cette école construite an 1825, les élèves apprenaient à lire, à écrire et à compter et recevaient les premiers éléments de dessin linéaire et de géométrie pratique. Une bibliothèque était mise à la disposition des travailleurs et de leurs enfants. 

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La grande cour intérieure.

Les toits des habitations, à l'origine, étaient plats; ce n'est que plus tard qu'on construisit les toitures, ce qui donna lieu à de nombreuses querelles entre voisins, les greniers n'étant pas séparés. 

Les rangées de ces maisons de mineurs ne traduisent qu'un souci pra­tique peut-être pour l'usager, rentable sans doute pour l'exploitant. De ce parti purement empirique, de construire, il ne reste maintenant que tristesse, ségrégation, déchéance. Et bientôt le vieillissement jusqu'à la vétusté et l'abandon, qui feront de ces logements des taudis. 


Agrandir le plan


Photo aérienne du site du grand Hornu.
L'histoire de cet établissement serait incomplète si nous ne pariions de la fameuse émeute connue sous le nom de "pillage Degorge". Afin de faciliter le transport des charbons au rivage de Saint-Ghislain, transport qui s'effectuait par charrettes, H. Degorge, qui avait vu fonc­tionner les premiers chemins de fer en Angleterre, fit construire dès 1830 une voie ferrée entre son établissement et le rivage en question. Ce fut l'un des premiers chemins de fer en Belgique, si pas sur le conti­nent. Ce progrès eut pour résultat de réduire considérablement la main-d'oeuvre. Les charretiers, furieux de se voir réduire au chômage, organisèrent une émeute et allèrent piller le château de M.Degorge. Celui-ci n'eut la vie sauve qu'en se réfugiant dans un pigeonnier. On cita encore aujourd'hui des familles qui tiendraient leur fortune de ce pillage, car cet événement n'a pas été oublié. 

Le charbonnage du Grand Hornu témoigne, tant dans la construction des bâtiments de la cour que dans celle des maisons pour mineurs, d'un soucis d'ordonnance qui, sans constituer une réponse aux exigences de l'urbanisation moderne, indique néanmoins que les problèmes étaient posés dès le début de l'expansion de l'industrie charbonnière au Borinage et que des solutions avaient été, à ce moment, ébauchées.

Lien: http://www.grand-hornu.be/

18:45 Écrit par Luckybiker dans 03 Exemples de réalisations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hornu, boussu |  Facebook |

04/12/2008

Le Familistère de Guise ou Palais social

Jean-Baptiste Godin (1817-1888) devint rapidement riche grâce à une fabrique de fourneaux et de poêles en fontes dont il était l'inventeur et qui, aujourd'hui encore, garde son nom.

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Portrait de Jean-Baptiste Godin.
Installé à Guise en 1848, il y fonda en 9 ans une nouvelle industrie pros­père. Militant fouriériste depuis 1813, Godin décide de consacrer sa for­tune à la propagande des idées de Fourier et, après avoir créé dans son usine les fonds de secours et d'assurance mutuelle, il décide de réaliser un phalanstère et, pour ce faire, s'adresse à un architecte fouriériste nommé Victor Galland, auteur en 1855 d'un "Palais familial".

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Gravure représentant une vue aérienne générale du Familistère de Guise.
Mais Godin ne traita pas avec Galland et finalement dressa lui-même les plans de ce qu'il appella le "Familistère de Guise ou Palais social" qui se voulait être "l'atelier du bien être humain externe et interne". Pour Godin, la condition qui "donnera aux familles ouvrières les équiva­lents de la richesse", c'est de les rassembler dans une habitation unitaire qui réunit tous les moyens d'assurer ses équivalents, les rend économique­ment viables et les rend indispensables. 

De 1859 à 1883, Godin fit construire les différents bâtiments de son fami­listère dans un terrain de six hectares traversé par l'Oise. Poursuivant ses activités politiques de 1869 à 1876, Godin devint maire de Guise, puis député.

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La façade principale du Familistère de Guise lors de sa construction.
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Vue générale du Familistère avec la fabrique de fourneaux et de poêles à droite.
Résidant avec sa famille dans l'un des appartements du familistère, il entreprit d'apprendre à ses ouvriers à habiter dans des logements de type urbain qui peuvent être considérés comme les plus modernes de l'époque. A cet effet, il écrivit une brochure intitulée "Règles, conseils et mesu­res d'ordre domestique au Familistère" dans laquelle il donnait à ses "sociétaires" les règles d'hygiène nécessaires à la bonne conservation et un parfait fonctionnement de leur logement.

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Plan général du site d'implantation du Familistère.
Poursuivant son oeuvre intellectuelle jusqu'à sa mort, Godin légua sa fortune à l'Association et abandonna la propriété de son usine à ses ou­vriers sous forme de coopérative de production. Celle-ci existe toujours et fabrique des radiateurs et chaudières de chauffage central.

L'emplacement pour l'édification du "Palais Social" fut choisi à proximité de l'usine et relié à celle-ci par un nouveau pont et à la ville par une nouvelle route.Familistère de Godin - Plan [web520]


Plan général du Familistère.
Le groupe principal d'habitation unitaire fut divisé en trois ailes pour échelonner les frais et l'expérience. Ces trois corps de bâtiments sont reliés entre eux avec trois cours intérieures couvertes de verrières et qui communiquent entre elles par des couloirs. 

Contre les crues de l'Oise toute proche, les caves furent construites sur le sol et ensuite remblayées. La plupart des murs et des cloisons est en brique et les surfaces inté­rieures et extérieures sont carrelées ou asphaltées pour la propreté et l'incombustibilité.

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Le Familistère vers 1900.
Les unités de logement qui peuvent être groupées se composent de deux chambres dans la largeur du bâtiment pour des raisons d'éclairage naturel et de ventilation. Les conduits de fumée sont descendus jusqu'à une gaine horizontale située dans la cave prenant jour sur la façade nord et dis­tribuant également les trois cours intérieures. Ces galeries assurent le tirage et la ventilation, la désinfection facile et des possibilités éventuelles de chauffage collectif. Afin de créer un micro-climat favorable sur les façades des accès, les cours du groupe principal ont été couvertes de verre, créant ainsi des salles utilisées peur les fêtes et les bals.

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Façade du Familistère de Guise avec la statue de son fondateur, Jean-Baptiste Godin.
Le Familistère fut complètement habité en 1861 par un total de 900 person­nes, le coût du bâtiment s'élevant alors à 1.100 francs par personnes. En 1866 furent édifiées la nourricerie et le pouponnât, en 1869 les écoles et le théâtre, en 1870 les bains et le lavoir. 

La caractéristique princi­pale de ce Familistère était donc de réunir toutes les fonctions.

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Vue intérieure du Familistère.
La cuisine collective était faite par un cuisinier, mais il était possible de confectionner un repas chez soi. Un syndicat achetait toutes les mar­chandises, ce qui supprimait le coût des intermédiaires.

L'eau était distribuée à tous les étages grâce à des réservoirs d'eau dans les greniers, La propreté et l'hygiène étaient assurées grâce à de nombreux cabinets d'aisance, à l'eau chaude pour les bains, à la ventilation dans chaque appartement. 

Chaque appartement avait vue à la fois sur l'extérieur et sur la cour intérieure. Toutes les parties communes étaient éclairées la nuit au gaz, technique alors tout à fait nouvelle. A chaque étage se trouvait un "cabinet aux balayures" (un vide-ordures), un service de femmes de ménage assurant l'entretien général du Familistère.

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Plans du Familistère de Guise.
Godin décrivit ainsi son "Palais Social de l'avenir": 

Le front du Palais fait face à la ville sur une étendue de 180 mètres. L'aile gauche a vue sur les jardins et sur les bâtiments de la manufacture, l'aile droite sur les jardins et les coteaux boisés qui bornent la vallée. La vue, derrière le Palais, s'étend sur des promenades, sur les prairies de la vallée de l'Oise... Le Familistère, ses dépendances et sa manufac­ture sont bâtis sur une propriété d'environ dix-huit hectares; une partie de cette propriété est convertie en promenades, squares et jardins d'agrément; une autre partie est consacrée à la culture des jardins et des vergers.

Familistère de Guise [web520]


L'atrium principal dans son état actuel.
Le Familistère de Guise constitue une réalisation à bien des points pros­pectives: les ouvriers de Guise étaient en fait logés dans des appartements beaucoup plus confortables que ceux de la bourgeoisie de l'époque. Le Fa­milistère de Guise n'était, bien sûr pas une ville. Mais avec ses circu­lations internes bien étudiées, son esquisse de climatisation par ses passages couverts, ne constituait-il pas un microcosme de ville ? C'était en fait l' "unité", la cellule de base d'un ensemble qui aurait pu former une ville. Guise intérieur [web520]
Vue générale d'un atrium avec ses coursives.
Le Familistère de Guise eut le privilège d'être violemment attaqué aussi bien par les bourgeois libéraux que par les marxistes et les anarchistes qui lui reprochaient d'être une caserne et d'enlever à l'individu sa li­berté. En fait, la réussite du Familistère de Cuise dérangeait toutes les théories dans leurs doctrines rigides et elles s'employèrent, avec grand succès, à faire oublier ce modèle.

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La statue de Godin à l'entrée de son Familistère.
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Façade principale du Familistère.
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Entrée principale du Familistère.

 

18:00 Écrit par Luckybiker dans 03 Exemples de réalisations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : godin, familistere, guise |  Facebook |