03/03/2009

Les villes absurdes de Superstudio

LA PREMIERE VILLE. 

Des lignes continues de bâtiments s'entrecroisent en un filet rigoureux et carré. Chaque habitant vit éternellement dans une cellule qui satisfait tous ses désirs. S'il manifeste des signes de rébellion contre cette perfec­tionna cellule se contracte sur elle-même et l'écrase. 

LA VILLE LIMAÇON. 

Cette cité est une vis sans fin qui progresse, pénétrant automatiquement dans les entrailles de la terre. Quand ils naissent, les hommes habitent dans les étages supérieurs. En vieillissant, leur cellule d'habitation s'enfonce dans le sol en même temps que la ville. 

NEW-YORK SUR CERVEAUX. 

Un cube de cent quatre vingt pieds de côté contient 10.000.450 cellules dans lesquelles vivent les cerveaux concentrés sur leur méditation, libres d'étendre leur folie ou leur sagesse. Ces cerveaux survivront à la destruc­tion de l'humanité sans devoir rien faire et finiront par être seuls. 

continuous monument 1969-1971 [web520]


Superstudio: Continuous Monument - 1969

CITE DANS L'ESPACE. 

Dans cet immense astronef, les habitants dorment depuis leur naissance jus­qu'à leur mort et vivent leur vie en rêve. Lors de leur retour sur terre, les membres d'une nouvelle génération d'hommes trouveront, un nouveau paysage et ils seront heureux. 

CITE DES DEMI SPHERES. 

Les habitants vivent dans des sarcophages transparents reliés à des demi sphères qui flottent dans l'air et contiennent toutes les sensations. 

CITE BARNUM. 

La ville repose sous une énorme tente de cirque suspendue à d'immenses aérostats. Elle a la forme d'un énorme cylindre métallique de 2 kilomètres de haut: la cité modèle réduit se trouve à l'intérieur de ce cylindre. Chaque visiteur de la ville est relié à un robot miniature qui se déplace à l'intérieur du cylindre et lui communique toutes les sensations qu'il reçoit. 

continuous monument 1969 [web520]


Superstudio: Continuous Monument - 1969

LA VILLE USINE. 

À la tête de la cité, la Grande Usine à 6 kilomètres de large et 100 mètres de haut. Elle exploite la terre et le sous-sol et transforme les ressources naturelles en des éléments de la ville qui progresse ainsi de 1,50 mètre par jour. La plus grande aspiration de tous les habitants est de vivre dans les nouvelles sections de la cité qui sont toujours plus perfectionnées mais se détruisent tous les quatre ans. 

LA CITE CÔNIQUE AUX MILLE TERRASSES. 

La cité se constitue de cinq cents plates-formes circulaires entassées les unes sur les autres. Chaque habitant reçoit des ordres de la rangée supé­rieure et les transmet à la rangée inférieure. Chacun peut se libérer des ordres en grimpant de rangée pour parvenir à la plate-forme supérieure d'où découlent tous les désira et les aspirations de la cité. 

VILLE MACHIHE.

L'homme vit dans une machine qui satisfait tous ses désirs primaires. La machine fertilise elle-même. 

Douze cités ideales 1972 [web520]


Superstudio: Douze cités idéales - 1972

GITE DE L'ORDRE. 

Dans cette cité apparemment normale tout fonctionne à la perfection. En fait, les habitants, quoique gardant leurs formes originales, sont, à chacune de leur rébellion contre l'ordre établi, transformé peu à peu en robot. 

CITE DES SUPERBES DEMEURES. 

Chaque noyau familial se voit attribuer un espace fixe où les habitants peuvent passer leur vie à travailler pour construire et décorer leur habitation. On peut construire aussi haut qu'on le désire, mais les façades doivent être décorées par de grandes fresques dont le sujet est laissé aux goûts de chacun. 

CITE DU LIVRE. 

Des séries d'immeubles parallèles de dix mètres de haut, trente mètres de large et dix kilomètres de long sont séparés par un espace de trois mètres. Les habitants choisissent de vivre à la lumière naturelle de la rue ou à la lumière artificielle des tunnels. Chaque citoyen porte le livre attaché par une chaîne autour du cou. Ce Livre conditionne le comportement de chacun par des règlements éthiques (lisibles à la lumière naturelle) ou des règlements de survivance (lisibles à la lumière artificielle). 

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Superstudio: San Francisco - Un cube de forêt sur le Golden Bridge - 1972

19:30 Écrit par Luckybiker dans 10 Exemples, projets et théories | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : superstudio |  Facebook |

02/03/2009

Auroville

Auroville, la cité de l'aurore, près de Pondichéry, sur la terre du Bengale, sera aussi la ville de la paix et de l'harmonie, une capitale du "bonheur au-dessus de toute croyance, de toute politique et de toute nationalité". 

Créée par le philosophe et penseur mystique Sri Aurobindo, elle a été prise en charge par ses héritiers, la Sri Aurobindo Société, et sera construi­te par une équipe d'architectes et d'urbanistes français. Elle coûtera 350 milliards d'anciens francs. 

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Conception du centre de Auroville

Une ville pour 50.000 habitants. 

Roger Anger, l'un des gestionnaires du projet, déclare: 

"La notion de ville ne doit pas, à Auroville, se confiner dans des formes rigides et préétablies, mais au contraire per­mettre toutes les libertés d'organisation autour d'un point d'attraction magnétique qui symboliserait son message. Ce point d'attraction sera le grand sanctuaire, ou temple de la vérité, qui se dressera au centre de la ville spirituelle. 

A partir de là, nous avons opté pour un plan d'urbanisme radioconcentrique qui s'organise autour de ce jardin de l'unité. Il ne nous semble pas en effet que pour une ville dont la population ne devra pas dépasser 50.000 personnes, le radioconcentrisme puisse constituer un handicap à un moment quelconque." 

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Plan et maquette de Auroville


Agrandir le plan


Vue aérienne d'Auroville dans sa situation actuelle.

- Au sud, la zone résidentielle, la plus vaste, comprendra différents types de bâtiments, qui se développeront dans une grande variété d'implantations parmi les jardins, les places et les rue. Cette zone traduira la volonté de mettre les habitants en contact avec les expressions multiples de l'art contempo­rain pour créer un cadre de vie favorable au développement du sens de la beauté et de l'harmonie sous toutes leurs formes,

- A l'est, la zone culturelle avec ses facultés, ses fondations scientifiques, ses instituts divers, sera destinée à concentrer la connaissance de l'huma­nité et à la développer. Artistes et savants de tous les pays s'y consacre­ront à leurs travaux en toute indépendance d'esprit. Des installations sportives et nombreuses y seront créées, le développement harmonieux du corps étant ici considéré comme une base primordiale de l'évolution de l'homme. 

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Auroville: cérémonie sur la place centrale

Quinze ans pour construire une ville. 

- A l'ouest se trouvera la zone internationale où les pays désireux de s'associer à cette œuvre élèveront leurs pavillons comme de véritables ambassades de leur culture, de leurs arts et de leurs techniques. Ce sera donc surtout une zone de rencontres et d'échanges pour la construction de laquelle on prévoit le concours des architectes de chaque pays. 

- Au nord enfin, la zone industrielle regroupera toutes les activités pro­ductrices de l'industrie lourde à l'artisanat. Elle vivra en symbiose avec un vaste complexe agricole qui s'étendra sur toute la périphérie d'Auroville. Un centre thermonucléaire fournira l'énergie nécessaire à la ville et permettra entre autres de faire fonctionner une usine de désalinisation d'eau de mer .Comme dans le reste de la cité, les bâtiments industriels participeront pour une recherche très poussée des formes architecturales à la qualité urbanistique de l'ensemble. 

Auroville [web520]


Auroville: le pavillon central

L'équipe réunie autour de Roger Anger est actuellement au travail pour étudier les plans d'exécution. La Sri Aurobindo Société procède déjà à l'acquisition des terrains. Les premiers travaux d'infrastructure commence­ront en 1968. A partir de cette date, la ville sera construite en quinze ou vingt ans par étapes. Son financement sera assuré par les fonds propres à la Sri Aurobindo Société et diverses participations internationales. 

Auroville ne sera pas un second Chandigarh, sa conception urbanistique et son architecture sont radicalement opposées à celles de Le Corbusier. Elle aura néanmoins comme point commun avec la capitale du Pendjab d'être issue du génie français qui aura ainsi donné aux Indes deux expressions différentes de sa richesse. 

ARCHITECTES: Roger Anger, Mario Heymann et P. Braslawsky
URBANISTES: Miglierina, Alexandroff et Ch. Gianferrari 

Texte de Marc Gaillard publié dans la revue ARTS ET LOISIRS - N° 69 du 18 au 24 janvier 1967.

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Auroville: le laboratoire des langues.

 

 

18:30 Écrit par Luckybiker dans 10 Exemples, projets et théories | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : auroville |  Facebook |

01/03/2009

De l'utopie indienne à l'utopie critique

Les deux exemples que nous analysons dans les pages qui suiveront sont assez représentatifs, à mon sens, des deux tendances d'utopies qui se sont manifestées dans la deuxième moitié du XXe siècle. 

Le premier exemple est celui du projet d'une cité indienne appellée "Auroville" réalisé en 1966 par une équipe française dirigée par Roger Anger

Cette ville se situe dans la lignée des villes idéales rêvées par un philosophe. Le texte reproduit ci-après a été publié en janvier I967, mais il ne nous a pas été possible, faute de document, de pouvoir vérifier si les prévisions de son auteur ont pu jusqu'à présent, être partiellement ou totalement réalisées. Cet exemple de ville idéale n'en reste pas moins représentatif. 

Le second exemple est celui que nous proposent six jeunes architectes italiens, membres du groupe Superstudio : huit villes idéales, l'apothéose de vingt siècles de civilisation où l'homme se complaît dans sa propre perfection. Ces huit villes sont l'exemple même d'une nouvelle sorte d'utopie que l'on pourrait qualifier de conceptuelle: c'est l'utopie-critique qui vise à tourner en dérision et qui ne se prend même pas au sérieux. Elle vise simplement à nous mettre en garde contre ce qui "pourrait exister" ou, peut-être, contre ce qui pourrait "devoir exister". En un mot, elle nous met en garde contre elle-même et contre toute autre forme d'utopie avant-gardiste...