03/01/2009

Brasilia

Dès la première constitution républicaine au Brésil en 1891, on envisagea de transférer la capitale de Rio de Janeiro à l'intérieur du pays, afin de renforcer l'unité nationale en fécondant des régions inexploitées. 

En 1957, le président Kubitschek décida de faire passer ce projet dans les actes et confia à deux architectes brésiliens, Lucio Costa et Oscar Niemeyer, disciples de Le Corbusier, le soin de construire la nouvelle capitale du Brésil.

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Brasilia: la cathédrale.

Le plan de la ville se caractérise par son extrême simplicité et sa par­faite adaptation à la topologie locale. Son schéma est très simple: deux immenses axes se croisent à angle droit, consacrés, l'un au logement, l'autre à la vie publique. 

Le premier est incurvé et correspond aux voies d'accès naturelles. Il est intégralement consacré aux ensembles d'habita­tion qui sont réunis dans une série de "carrés" où la circulation est exclusivement piétonnière. A l'extrémité orientale de l'axe longitudinal se trouve la place des Trois-Pouvoirs qui groupe la Cour de Justice, le palais du Gouverneur, le Parlement. Tout au long du même axe sont dispo­sés les bâtiments administratifs, culturels et de loisirs, le centre commercial étant situé à l'intersection.

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Brasilia.


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Vue aérienne du centre de Brasilia.

Oscar Niemeyer s'est essentielle­ment préoccupé de donner à Brasilia une unité plastique. Usant avec in­géniosité de la plasticité du béton, il a joué des courbes en une sorte de leitmotiv. Si Niemeyer et son équipe se sont peu souciés de l'intégra­tion des autres arts à l'architecture, ils en ont merveilleusement réalisé la fusion. 

En dépit des problèmes psychologique et sociologique d'adapta­tion qui ne sont pas encore résolus et de la pauvreté de l'architecture intérieure, la beauté des bâtiments, le plan rigoureux de Lucio Costa font de Brasilia l'une des plus grands réussites de l'architecture contemporaine.

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Brasilia.

Chandigarh et Brasilia sont des monuments grandioses plutôt que des villes vraiment repensées. Nous verrons que les cités de l'an 2000 tendront à éviter la ville-monument au profit de structures plus souples, permettant une mobilité d'architecture dans un monde en perpétuelle évolution. Aujourd'hui, on va visiter Brasilia comme on va visiter Venise: las monuments restent, mais la vie est ailleurs. 

02/01/2009

Chandigarh

Les deux villes neuves de Chandigarh et Brasilia seront pour les architectes et les urbanistes, deux des principales phases de l'urbanisme de la première moitié du XXe siècle. Ces deux villes sont en effet représentatives d'un certain modèle qui, aujourd'hui et avec le recul du temps, ont témoigné de certains défauts qui, espérons-le ne seront plus répétés dans l'avenir.

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Chandigarh: l'Assemblée.

Après l'indépendance, le gouvernement indien décida de construire une capitale de 500.000 habitants pour le Pendjab Oriental. Le Corbusier adapta sa théorie urbanistique de la Ville Radieuse aux problèmes spécifiques da l'Inde. Il dessina donc le plan d'ensemble de la ville en créant le plus d'ombre et de courants d'air possibles. Les magasins, construits du côté ombragé de la rue, permettent la flânerie sans l'incommodité de la chaleur et évitent de traverser continuellement les voies de circulation. Les toits des habitations ont été étudiés en fonction de la possibilité d'y dormir lors des nuits très chaudes.

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Le Corbusier à Chandigarh en 1955.

Le Corbusier a divisé sa ville en secteurs de 5.000 personnes. Formée d'unités autonomes, elle épargne les longs trajets qui sont la rançon des trop grandes villes. Chaque quartier possède en effet ses écoles, parcs, commerces, clubs, etc. Mais ces quartiers évitent l'isolement en étant reliés à trois grands centres: un centre administratif, un centre commercial et un centre intellectuel. C'est dans le centre administratif que se trouvent les bâtiments du Capitole construits par Le Corbusier.

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Chandigarh: le Secrétariat.

Par contre, Le Corbusier n'a pas construit les immeubles d'habitation qui sont l'oeuvre de son cousin Jeanneret, de l'anglais Maxwell Fry et d'architectes indiens. Une vallée des loisirs laissés à l'initiative privée permet la construction de banques, hôtels et grands magasins.

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Chandigarh.

L'expérience la plus poussée en matière de ville nouvelle est celle de Chandigarh. Elle n'est pas concluante. Les Hindous déclarent la ville in­vivable. C'est une ville occidentale pour des habitants orientaux qui ne peuvent s'adapter à ses cadres rigides. Les rues au lieu d'être le domaine d'une tribu ou d'une guilde, servent uniquement de lieu de passage; les appartements conçus poux cinq personnes ne correspondent pas aux besoins de dix familles formant un clan, etc. 

Yona Friedman.

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Chandigarh: la Haute Cour

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La main ouverte, dessinée par Le Corbusier, est le symbole de Chandigarh.
 


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Vue aérienne du centre de Chandigarh.

01/01/2009

Buckminster Fuller et le dôme géodésique.

Une autre forme architecturale actuellement en plein essor est le dôme géodésique, coupoles composées de petits éléments préfabriquables, sur une figure géométrique de base: le tétraèdre. Une résille d'acier supporte ces petits éléments qui peuvent aussi bien être en métal qu'en matière plasti­ques, en carton, en fibre de verre, etc.. Ces coupoles peuvent être gigan­tesques, puisque l'inventeur des dômes géodésiques, Buckminster Fuller, a proposé de recouvrir avec l'un d'eux, qui serait composé de matières plas­tiques translucides, l'île de Manhattan.

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Manhattan partiellement couvert d'un dôme géodésique.

Allant jusqu'à l'utopie, Fuller avoue que le dôme géodésique serait en fait une structure sphérique trans­lucide enveloppant entièrement la terre, et dont le centre de gravité coïnciderait avec celui du globe. Nous n'en sommes pas encore là! Mais la plus grande coupole géodésique construite par Fuller pour l'Union Tank Car & Cie à Bâton Rouge, en Louisiane en 1958 fait néanmoins 117 mètres de diamètre. De même, les dômes du Pavillon de l'Exposition Américaine à Moscou et celui du pavillon américain à l'Exposition Universelle de Montréal, étaient prestigieux par leurs dimensions. 

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Buckminster Fuller: pavillon américain de l'exposition universelle de Montréal.

Pour être moins inédites, d'autres formes sont en train d'envahir l'archi­tecture; l'oeuf, la coquille, l'escargot, la spirale, la lentille,... René Sarger précise les avantages de l'ovoïde qu'il a étudié pour un projet de théâtre à Dakar. 

Cette forme est issue d'une observation serrée de la dynamique même des structures réelles et internes de l'oeuf. En fait, celui-ci n'est pas seulement une coquille rigide enveloppant n'importe quel contenu qui donne à l'oeuf cette Résistance qu'il n'aurait pas s'il était simplement vide. En plus de sa coquille extérieure, l'oeuf possède une membrane ou, en quelque sorte, un "tissu" d'une texture très fine et tout autant élastique que sa coquille est rigide.

La première maison en matière plastique, de Ionel Schein avait adopté la forme de l'escargot, avec une circulation intérieure en spirale. Spirale encore que le célèbre musée Guggenheim de New York.

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e Musée Guggenheim de New York.

En 1951, le dôme de la Découverte à Londres, de Ralph Tubbs, en forme de lentille, fut la plus vaste coupole du monde avec ses 111 mètres de diamè­tre sans point d'appui intermédiaire. 

Voiles prétendues, dômes, coquilles, oeufs, lentilles, voilà un nouveau répertoire de formes qui s'oppose résolument à l'actuel poncif de l'angle droit. Autant de courbes peuvent faire penser que l'architecture de la seconde moitié du XXe siècle aurait du être d'autant plus baroque que celle de la première moitié était puritaine. 

Des formes qui pèsent, aux formes qui s'envolent, la révolution est considérable. Mais si nous parlons de baroquisme, c'est d'une nouvelle forme de baroque qu'il s'agit, c'est-à-dire un baroque de la structure, et non pas du décor. 

C'est encore une revanche du lyrisme, longtemps frustré. C'est aussi l'avènement d'une autre idée-force: l'architecture-sculpture, aspect dont nous reparlerons. 

18:00 Écrit par Luckybiker dans 06 Première moitié du XXe siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : fuller, dome |  Facebook |

31/12/2008

La selle de cheval.

En architecture, toute révolution est la conséquence de l'emploi d'un nouveau matériau ou d'une nouvelle technique. 

Un architecte polonais, Matthew Nowicki, résolut le problème des voiles minces à courbures inverses qui préoccupait depuis longtemps ingénieurs et architectes soucieux de trouver une solution économique pour le problè­me des couvertures à grandes portées. 

La "selle de cheval" mise au point par Nowicki est un carré dont les deux angles opposés sont rabattus au sol et les deux autres relevés.

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Matthew Nowicki: stade en forme de selle de cheval.

L'américain Eero Saarinen, le mexicain Félix Candela et le japonais Kenzo Tange ont réalisé les oeuvres les plus specta­culaires au moyen de cette nouvelle formule. Ses voiles minces de couver­ture en béton armé sont d'une telle hardiesse plastique qu'ils peuvent en effet concurrencer les travaux des meilleurs sculpteurs abstraits. 

Eero Saarinen qui, dans la première partie de son oeuvre, avait poussé l'esthé­tique de la "boîte" à sa suprême perfection, changea subitement de style peu avant sa mort en donnant au stade de hockey de Yale (1956) une forme qui rappelait le mouvement du hockeyeur fondant le dos courbé. Puis il donnait à l'aérogare de la TWA à New York la forme d'un oiseau prêt à l'envol. Cette aérogare est l'une des oeuvres maîtresses de l'architecture contemporaine, une de celles qui annoncent autre chose... La technique des voiles prétendues marque une rupture absolue avec les règles de cons­truction du passé basées sur la stabilité assurée par le poids.

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Dessin de Eero Saarinen.

L'architecture du non-poids est née sous nos yeux. L'attache prend la même importance symbolique que la colonne. 

R. Robichon 

Que dire de la révolution formelle amenant, grâce aux techniques ultra­légères des voiles prétendues, le fait que, pour la première fois, l'oeuvre construite dans certains cas seulement ne pèse plus sur ses fondations, mais au contraire doit s'y ancrer? 

Nous sommes persuadés, que cette technique et tous les systèmes qui en découlent apportent, pour la première fois dans l'histoire de l'architectonique, une révolution fondamentale qui tendra à bouleverser toute l'architecture.  

E. Sarger. 

Libérant enfin l'architecte du cube, la selle de cheval connut rapidement un très grand succès et cette forme se répand actuellement par le monde avec une telle rapidité qu'il devrait y avoir autant de selles de cheval en Europe dans dix ans que d'églises gothiques et romanes.

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Eero Saarinen: terminal de la TWA à l'aéroport Kennedy de New York.

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Eero Saarinen: intérieur du terminal de la TWA à l'aéroport Kennedy de New York.

30/12/2008

Bois et plastique

Grand rival de l'acier, le verre n'est aujourd'hui plus lié à l'idée de fragilité. L'ingénieur Freyssinet, inventeur du béton précontraint, procla­mait en 1943: 

Les grands rivaux possibles de l'acier sont les verres. Outre qu'ils sont inoxydables, leur contrainte de cession est, à poids égal, triple de celui de l'acier. Dès à présent, on connaît les moyens de rendre le verre non fragile; l'un d'eux est le tirage en fila fins. Un fil de verre est bien plus résistant que le meilleur fil d'acier du même diamètre, et il est trois fois moins lourd. L'emploi du verre comme arma­ture n'a donc rien de paradoxal. 

Des matériaux moins modernes peuvent également connaître un nouvel essor. Des architectes comme l'américain Lundy et le Français Bourbonnais, un ingénieur comme Lourdin sont, par exemple, actuellement en train de donner une nouvelle vie à l'architecture en bois. Des colles et des joints nouveaux facilitent en effet les assemblages. Amélioré par la chimie et par les techniques récentes de finition, le bois connaît une nouvelle jeunesse. 

S'il est un nouveau matériau qui contient d'immenses promesses d'avenir en architecture, ce sont bien les matières plastiques. L'architecture n'en fait encore qu'un emploi timide. Pourtant de nombreuses expériences satis­faisantes ont déjà été faites dans ce domaine et des prototypes de maisons en matières plastiques existent déjà depuis de nombreuses années.

C'est en 1956 que Ionel Schein entreprit, en collaboration avec Y. Magnant et R-A. Coulon l'étude du premier prototype de maison entièrement construit en matière plastique. Ce projet d'habitation industrialisable fut financée par les Charbonnages de France et frappa le public par son extérieur rond et sa circulation intérieure en spirale.

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Ionel Schein: maison escargot entièrement en plastique

Resté sans lendemain, ce travail a au moins eu le mérite de mettre l'accent sur l'avenir des matières plastiques dans la construction et d'encourager quelques vocations. 

Un an après la maison en matière plastique française, les architectes Richard W.Hamilton et Mewin E.Goody, en collaboration avec l'ingénieur Dietz, réalisaient aux Etats-Unis un semblable prototype appelé "Maison de l'Avenir" qui, installé en permanence à Disneyland, s'est fort bien comporté malgré ses milliers de visiteurs.

29/12/2008

Noyes, du Château et Albert

Par ailleurs, Elyot Noyes a inventé en 1954 un astucieux coffrage en béton. Il s'agit d'un ballon sur lequel on coule le ciment, et que l'on dégonfle 24 heures après l'opération. Le résultat: des maisons rondes dites "bubble houses". 

Par ailleurs, parallèlement au béton, le tube métallique acquiert de nouvel­les formes et de nouvelles utilités en passant du stade de l'échafaudage à la structure même du bâtiment. Stéphane du Château fut l'un des premiers à utiliser ce système structural tridimensionnel qui est fortement appli­qué depuis sa première utilisation en 1958. 

Avec cette même technique, l'architecte Edouard Albert a réalisé des immeubles "cousus" et super­légers, le tube métallique permettant en effet de réaliser une économie de poids d'acier sur les profils ordinaires pouvant aller jusqu'à 50%.

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Edouard Albert: Tour Albert, Paris 13ème

28/12/2008

Le Corbusier, Freyssinet, Nervi et Candela

Après lui Le Corbusier partira en guerre contre les architectes de son temps auxquels il reprochait de s'accrocher au passé en se cantonnant dans l'emploi de matériaux traditionnels qui empêchaient l'indispensable industria­lisation du bâtiment. 

De 1926 à 1933, Eugène Freyssinet (1879-1962), à la suite de diverses expériences, inventa la précontrainte qui allait donner un nouvel essor au béton armé. 

Pier Luigi Nervi (né en 1891) est actuellement le plus célè­bre des architectes italiens: toutes les structures en béton qu'il réalisa sont remarquables par leur audace et leurs variétés (gratte-ciel Pirelli, Palais des Expositions de Turin, Palazo del Lavore à Turin,...).

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Pier Luigi Nervi: toiture du Palais de Sports de Rome (158-1960)

Quant à L'espagnol Félix Candela (né en 1910), il a définitivement séparé le béton de l'idée de matériau lourd en fournissant un répertoire d'effets plastiques nouveaux par ses voiles minces en forme d'hyperboloïdes hyperboliques.