24/12/2008

Henri Lefebvre (1901-1991)

Pour Henri Lefebvre, l'utopie expérimentale élabore et construit par "transduction" un objet théorique possible à partir d'infor­mations portant sur la réalité. Elle met en forme "certaines opérations mentales spontanées de l'urbaniste, de l'architecte, du sociologue, du politique, du philosophe. Elle introduit la rigueur dans l'invention et la connaissance dans l'utopie".

henri lefebvre [web520]


Henri Lefevbre

Henri Lefebvre constate qu'aujourd'hui, seuls les praticiens étroitement spécialisés ne sont pas "utopiens" et qu'il existe en chaque bâtisseur la nostalgie de bâtir à l'échelle humaine alors que dans le monde moderne l'homme a changé d'échelle et que "la mesure d'autrefois se transforme en démesure". 

La ville est d'abord une oeuvre qui a une valeur d'usage: elle devient le centre de la vie sociale et politique réunissant les richesses, les connais­sances, les oeuvres et les monuments. En tant qu'oeuvre, elle ne peut donc naître que dans le contexte d'une société et sa forme se définira mentale­ment par la possibilité d'actions simultanées, la présence d'éléments for­mant un ensemble réel et socialement par la rencontre et le rassemblement de tout ce qui existe dans un environnement. 

Henri Lefebvre conclut en précisant que pour lui, le droit à la ville est le droit à la vie urbaine renouvelée, la ville étant avant tout un lieu de rencontre et d'échanges.

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23/12/2008

Kevin Lynch (1918-1984)

Professeur de "city-planning" au Massachussets Institute of Technology, Kevin Lynch est le principal représentant de cette tendance. Il a appris l'architecture avec F.L. Wright, poursuivi des études de psy­chologie qui l'ont conduit à une approche nouvelle du problème urbain.

 kevin_lynch [web520]


Kevin Lynch

En étudiant la perception (surtout visuelle) de la ville, Lynch met en évidence la spécificité de celle-ci et constate qu'elle est en fonction des liens existentiels, pratiques et affectifs qui lient l'habitant au cadre urbain. 

La théorie de Lynch pose le problème de la morphologie urbaine en termes de signification: par la mise en valeur du dynamisme de points forts (ou signifiants), la lisibilité du cadre urbain devrait devenir plus facile et par conséquent, son organisation plus satisfaisante.

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Kevin Lynch: extrait de "L'Image de la cité" (1960).

Si Kevin Lynch s'est, en fait, essentiellement attaché au point de vue de la cons­cience percevante et s'est volontairement limité au domaine visuel, il a étudié les bases de la perception spécifique de la ville, et cherché à en dégager les constantes, que devrait intégrer toute proposition d'aménagement.

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Kevin Lynch: "L'Image de la cité" (1960)

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22/12/2008

Lewis Mumford (1895-1990)

Lewis Mumford, historien de la civilisation machiniste, fut le disciple et le continuateur de Patrick Geddes. II voit dans la ville un lieu névralgique de notre temps: il donne au problème de l'urbanisme toutes ses dimensions culturelles, psychologiques, géographiques et historiques et refuse de l'enfermer dans un cadre seulement technique.

 LewisMumford [web520]


Lewis Mumford

Pour Mumford, les solutions urbanistiques à apporter à la ville doivent avant tout être souples, altérables et flexibles. Loin d'être un pur théoricien, Lewis Mumford a constamment nourri et étayé son oeuvre par un contact direct, une connaissance approfondie de la réalité urbaine, ainsi que par sa triple activité pratique d'historien, de professeur et de polémiste. 

Les théories de Geddes et de Mumford cherchaient à définir le contexte concret de l'établissement humain à l'aide de plus grand nombre possible de secteurs de la réalité. Une autre tendance, plus récente d'ailleurs, de la critique humaniste étudia l'agglomération urbaine du point de vue de ses ressentiments sur le comportement humains le concept central est ici celui de l'hygiène mentale.

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Lewis Mumford: "Le Mythe de la machine".

Les nombreuses études psychologiques (Duhl, Riesman, Jacobs et Hazemannen France) constatent qu'une forte structuration de la ville et le côtoiement qui en résulte amène à une plus forte structuration psychique des citadins. Les analyses et les critiques des théories établies par les Congrès Inter­nationaux d'Architecture moderne constatent que la standardisation et le zonage risquent d'être des facteurs de monotonie et établissent, par réac­tion, des principes d'hétérogénéité architecturale, fonctionnelle et démo­graphique du milieu urbain. 

Une troisième approche de la planification urbaine, essentiellement déve­loppée aux Etats-Unis, étudie comment la ville, en tant qu'entité matérielle, est perçue par les consciences qui l'habitent et établit à posteriori une proposition qui découle d'un dialogue direct avec l'habitant qui devient ainsi un véritable interlocuteur.

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Lewis Mumford: "Technique et civilisation".

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21/12/2008

Patrick Geddes (1854-1932)

Biologiste écossais, Patrick Geddes étudia, d'un point de vue évolutionniste, le devenir des communautés humaines et, dans ce domai­ne, s'intéressera plus particulièrement à l'urbanisme pour lequel il montra la nécessité d'un recours à une enquête globale préalable sur l'ensemble complexe des facteurs réels et des institutions.

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Patrick Geddes

Geddes affirma la nécessité absolue de réintégrer l'homme concret et com­plet dans la démarche de la planification urbaine et entreprit lui-même un certain nombre d'enquêtes dans une série de villes, en Europe (Edim­bourg), en Palestine et en Inde. 

Ses deux ouvrages principaux, en matière d'urbanisme, sont "City Development" (1904) et "Cities in Evolution" (1915).

extrait de Civics as supplied sociology 1904 [web520]


Patrick Geddes: extrait de "Civics as supplied sociology" (1904)

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20/12/2008

Architecture visionnaire, fantastique et prospective.

Architecture visionnaire, architecture fantastique, architecture prospective sont des sigles qui recouvrent, un peu au hasard, des oeuvres d'intention parfois diamétralement opposée. La confusion qui s'opère parfois ainsi entre les visionnaires d'un fantastique gratuit et les visionnaires d'un fantastique prospectif est d'ailleurs souvent inten­tionnelle. Elle sert à déconsidérer des recherches purement techniques en les mêlant à des oeuvres uniquement Imaginatives. Il faut bien dire que parfois, et cela augmente encore la confusion, on trouve, chez un même visionnaire de l'architecture et de l'urbanisme, des éléments fantaisistes et des éléments constructifs. 

Les visionnaires d'un fantastique architectural sont nombreux. On les trouva d'abord chez les peintres: depuis Jérôme Bosch et Pierre Breughel, Victor Hugo, Gustave Moreau, jusqu'à Paul Klee, Max Ernst et Vieira da Silva. 

Architecture gratuite aussi le fameux palais du fac­teur Cheval, "palais féerique, dépassant l'imagination, tout ce que le génie d'un humble peut concevoir (avec grottes, tours, jardins, châteaux, musées et sculptures, cherchant à faire renaître toutes les anciennes ar­chitectures des temps primitifs". Les tours de Watts à Los Angeles par Simone Rodilla et le Kerabau de Schwitters sont, elles aussi, des architec­tures-sculptures qui relèvent de la même démarche.

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Le Palais du Facteur Cheval.

Le fantastique à priori gratuit, peut parfois être plus réaliste qu'on ne l'avait pensé. Léonard de Vinci dessinant sa ville idéale, paraissait utopique. Or, ses propositions architecturales furent reprises et amplifiées en 1914 par Antonio Sant'Elia qui, par certains aspects de sa théorie, devança lui-même certaines propositions défendues peu après par les architectes modernes. Sant'Elia demandait, entre autres, à l'architecte d'éviter les matériaux lourds, mais d'employer plutôt des matériaux légers et flexibles, permettant la mobilité et le dynamisme. L'architecture, avançait Sant'Elia, ne devrait pas être perma­nente, mais éphémère, et chaque génération devrait construire sa propre ville répondant à des besoins nouveaux.

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Les tours Watts à Los Angeles.

Néanmoins, avec Léonard de Vinci, et Sant'Elia, tout comme d'ailleurs avec Boullée et Ledoux, il s'agit d'un fantastique architectural absolument différent des constructions du facteur Cheval, de Simone Rodilla et de Scwitters car il est d'ordre technologique: ce n'est pas un fantastique de rêve, mais un fantastique de l'anticipation. 

Le grand reproche que l'on fit aux architectes vision­naires du XVIIe siècle, c'était que leurs projets étaient irréalisables, non pas techniquement parlant, mais financièrement parlant. Gigantisme, mégalomanie furent quelques uns des termes qui ont toujours salué les créations des visionnaires et, en leur temps, Ledoux et Boullée n'y ont pas échappé. Avec eux commençait la grande aventure du fantastique technologique, mais au lieu de réaliser les projets grandioses de ces visionnaires, le XIXe siècle les étouffa sous le confort bourgeois de tous les pastiches décoratifs.

 kurt schwitters [Web520]


Merzbau de Kurt Schwitters.

Le problème que semblent oublier ceux qui récusent les visionnaires et les traitent péjorativement d'utopistes c'est qu'il n'y a pas de prospective sans utopie et qu'il vaut toujours mieux voir plus grand et plus loin que trop petit et trop court. 

Les anticipations des visionnaires contemporains sont beaucoup plus extra­ordinaires que les créations sorties de l'imagination parce qu'elles ne se réfèrent à aucune architecture du passé. Elles constituent en même temps des lignes de force sur des thèmes bien précis.

 boullée cénotaphe de newton [web520]


Boullée: projet de cénotaphe pour Newton.

Avec le XXe siècle apparaissent de nouvelles techni­ques et de nouveaux styles de vie, créant ainsi de nouveaux modes de pen­sée. En architecture, l'étude de structures physiques complexes (structu­res suspendues, triangulées, surfaces gauches autoportantes,...) et de nouveaux matériaux (résilles métalliques, membranes élastiques et plasti­ques, voiles de béton,...) amène un dynamisme plus complexe qui succède à la géométrie élémentaire. 

Une série de phénomènes nouveaux viennent bouleverser le mode d'existence dans la cité. 

L'augmentation de la population du globe amène à de plus fortes concentra­tions humaines et à la dénaturalisation progressive des conditions d'exis­tence. 

De nouveaux besoins résultent du progrès technique. Après l'apparition de l'automobile qui envahit peu à peu les artères urbaines au point de con­gestionner la ville, le logis s'automatise rapidement au point de devenir autonome et d'être bientôt construit en série, tout comme l'automobile quelques années plus tôt.

 San-Elia - Ville future 1914 [web520]


Ville future de Sant'Elia (1914).

L'appartement de l'avenir sera entièrement équipé et rendra inutiles les armoires et tous meubles de rangement qui seront in­corporés à l'architecture. M.Sauzet, Parenté et Vilfour, ont déjà étudié une cité horizontale automatique qui permettrait la réception automatique à domicile de tous les éléments de base de la vie quotidienne: ravitaille­ment, lavage, courrier,... 

La cité étant conçue horizontalement, un tube de un mètre de diamètre pourrait réaliser la voie continue et sinueuse dans laquelle circuleraient des distributeurs d'un type voisin de ceux des halls de gare. Quatre cir­cuits joindraient chaque foyer à quatre centrées une usine alimentaire, un centre de lavage, un centre d'évacuation des déchets, une poste. Chaque foyer serait pourvu d'un récepteur et d'un tableau récepteur à commandes. 

L'industrialisation du bâtiment est une des idées-for­ces essentielles de la révolution architecturale. 

Les architectes ont opéré, pendant un certain temps, un barrage jusqu'alors efficace contre l'industrialisation du bâtiment parce qu'ils étaient per­suadés que cette révolution architecturale allait les priver de leurs pré­rogatives. Attitude stérile qui se retourna finalement contre eux: on peut retarder le progrès, mais on ne peut l'arrêter. 

L'industrialisation du bâtiment est aujourd'hui en marche. Tout nous porte à croire que, dans dix ans, elle aura conquis le marché. Mais il se peut aussi que, dans cent ans, un auteur enthousiaste reprenne notre souhait et notre certitude, en s'étonnant qu'ils ne se soient pas encore réalisés, comme nous nous étonnons de la lenteur d'une évolution depuis la phrase prophétique de Théophile Gautier qui, en 1850, s'écriait avec enthousiasme: "l'industrie révolutionne l'architecture!" 

Parmi les premiers théoriciens de l'architecture du XXe siècle, Patrick Geddes et Lewis Mumford furent certainement ceux qui influencèrent le plus les théories d'avant-garde.

19/12/2008

Définition de l'avant-garde

Dans la terminologie militaire, l'avant-garde est un détachement de pointe, chargé de prépa­rer les voies au corps de bataille à qui revient la décision.

 

Appliquée au domaine artistique, cette locution ne pourrait donc désigner les créateurs, mais les précurseurs, en quelque sorte les prématurés. A moins de voir dans l'avant-garde le fait décisif de l'invention même capable de substituer aux formes d'hier celle d'aujourd'hui.