18/12/2008

Frank Lloyd Wright (1869-1959): Broadacre

Disciple du maître de l'école de Chicago, Louis Sullivan, Frank Lloyd Wright est considéré aux Etats-Unis comme une gloire nationale: il est sans doute l'un des premiers artistes vraiment américain qui possède une gloire internationale. Il est celui chez qui s'incarne le mieux cette utilisation à des fins esthétiques nou­velles des possibilités ouvertes au constructeur par le progrès des tech­niques.

 Frank Lloyd Wright par Alfred Eisenstaedt [web520]


Frank Lloyd Wright.
Arrachant complètement l'architecture aux pastiches du passé et à l'éclectisme, la meilleure illustration de ce nouvel affranchissement de la tradition est sa conception du plan libre lié à la participation de l'espace interne. 

L'espace intérieur organique, l'importance des murs et des surfaces planes, le rôle des matériaux bruts naturels, le refus de toute typologie au profit d'une grande diversité et l'enrichissement dans le paysage, tels sont les éléments principaux qui caractérisent l'œuvre très diversifiée de cet architecte américain. 

Je déclare, que l'heure est venue pour l'architecture de reconnaître sa propre nature, de comprendre qu'elle dérive de la vie

Elle doit se rendre indépendante de toute contrainte matérielle, commer­ciale et académique afin d'offrir à l'homme le moyen pratique de se régé­nérer.

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Frank Lloyd Wright: plan de Broadacre.

En suivant les plans d'urbanisme de Wright, l'homme moderne rétablira sa tranquillité intérieure et assurera sa véritable liberté, le triomphe de l'architecture organique devant mener l'homme au triomphe de la personne humaine et à la régénération de la société. 

Cette théorie d'un nouvel établissement humain qui est une sorte d'anti-­urbanisme plonge ses racines dans la tradition de la pensée américaine. C'est l'utopie de Broadacre que Wright développe en trois livres succes­sifs et illustré on 1934 par une maquette géante.

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Frank Lloyd Wright: Broadacre.

Broadacre veut être la cité naturelle de la liberté dans l'espace, ré­flexe humain. 

Elle sera édifiée dans un tel climat de sympathie avec la nature que la sensibilité particulière au site et à sa beauté propre seraient désormais une qualification fondamentale exigée des nouveaux bâtisseurs de villes. 

Des routes géantes, qui sont elles-mêmes de la grande architecture, passent devant des stations services publiques qui comprennent tous les services nécessaires pour les voyageurs. 

Broadacre se compose d'un ensemble d'unités fonctionnelles diverses et dispersées: 

Imaginons ces unités fonctionnelles intégrées les unes aux autres de tell façon que chaque citoyen puisse, selon son choix, disposer de toutes les formes de production, distribution, transformation et jouissance et qu'il puisse en disposer dans les délais les plus brefs. Cette distribution intégrée des modes d'existence, en liaison intime avec le sol, constitue la grande cité que je vois, recouvrant notre pays tout entier. Ce serait la "Broadacre City" de demain. La cité devient la nation et les classes socialement défavorisées pourront acheter l'unité de logement individuelle complète. Toutes ces unités standard pourront varier dans leur mode d'assemblage, de façon à s'harmoniser, selon les cas, avec une plaine ou un horizon de collines. 

Les bureaux nécessaires aux personnes exerçant les diverses professions libérales seraient construits spécialement pour chaque cas: ils jouxte­raient généralement les habitations, mais pourraient aussi constituer d'intéressants éléments plastiques secondaires pour la cité. 

Optimiste, non politique, non urbaine, campagnarde, elle est effective­ment tout cela, notre image de la cité. Voici l'idée réalisable d'une cité organique, sociale et démocratique ressortissant de la Société créatrice - bref de la cité vivante. Ainsi non seulement on abolit "l'appartement loué", et l'esclavage du salaire mais on crée le capitalisme véritable, le seul capitalisme possible si la démocratie possède le moindre avenir.

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Frank Lloyd Wright: Broadacre.

Yona Friedman remarque à propos de Broadacre, qu'il qualifie d' "étude la plus hardie": 

C'est un système de hameaux agricoles avec centres régionaux, le tout à l'échelle de la voiture, mais l'expérience ne pourrait être tentée qu'avec des agriculteurs, et surtout pas avec des individus n'aimant pas la vie rurale. 

Le modèle utopique de Broadacre est donc en fait un pot-pourri des doctri­nes du XIXe siècle à la mesure de la psychanalyse! Frank Lloyd Wright se classe théoriquement parmi ceux qui résument l'expérience de trois on quatre générations plutôt que parmi les prophètes. 

On pourrait regretter que Wright et ces disciples ne fassent le plus sou­vent que reprendre les thèmes idéologiques de l'anti-classicisme alors qu'il s'agissait de fixer les éléments d'une nouvelle doctrine esthétique.

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Frank Lloyd Wright et la maquette de Broadacre.

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17/12/2008

Nouveau modèle naturaliste

Issu du courant anti-urbain américain, le modèle natu­raliste est un compromis entre les théories culturalistes et progressistes, qui vise avant tout à éliminer la "mégapole tentaculaire". 

En dispersant les fonctions urbaines et en les isolant sous forme d'unités réduites, le modèle naturaliste isole les différentes fonctions urbaines dans de petits noyaux reliés par des routes terrestres et aériennes. Ce système excentrique composé d'éléments ponctuels insérés dans un riche réseau circulatoire est un mode d'établissement dispersé où les contacts sont rendus possibles grâce aux techniques d'avant-garde. Seule proposition urbanistique qui refuse complètement toute contrainte, cette théorie veut préserver la nature au maximum, l'architecture devenant partie intégrante du site.

Dès 1908, Frank Lloyd Wright définissait les critères de cette nouvelle architecture naturaliste qui donnera naissance à une conception plus orga­nique de la ville et de l'habitat: simplicité (distincte de la schématisa­tion et de l'élimination rationaliste): pas de style défini issu de la machine (hostilité à tous les types anonymes et standard); caractère orga­nique de l'édifice (la vraie architecture est création libre); mise en harmonie de la couleur avec les formes naturelles; sincérité des matériaux. 

Cette théorie nouvelle ouvre un fige nouveau qui serait déterminé par la prédominance de l'espace intérieur que l'espace extérieur de l'édifice. Au lieu d'un cadre fermé et contraignant, l'édifice offre ainsi une scène dynamique où peut s'exprimer une libre conception du monde. 

Pierre Francastel affirme que, grâce à cette théorie, "une bonne architec­ture fera une bonne société. Trop souvent dans le passé la Beauté a été contrainte au Bon Sens, l'heure est venue de donner un sens à la Beauté. L'architecture organique substituera pour cela l'ordre biologique à l'ordre géométrique." (Art et Technique).

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16/12/2008

Raymond Unwin (1863-1940): PLan des villes.

Raymond Unwin construisit avec Barry Parker la cité-jardin de Letchworth et fut l'un des premiers professeurs d'urbanisme en Grande-Bretagne. Son livre "Town planning in Practice" fut publié en français en 1922 sous le titre "Plan des Villes". Unwin ne repousse pas l'architecture du passé, considérant que l'on peut en tirer parti sans la copier. Il préconise les écrans de verdure, l'aménagement de parcs, de terrains de jeux et même de champs cultivés dans les grandes villes. Contrairement aux urbanistes progressistes, il considérait en effet que l'entassement n'était pas rentable.

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Raymond Unwin.

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Raymond Unwin: extrait de "Town planning"
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Raymond Unwin: projet de pont sur un chemin de fer pour la cité-jardin de Letchworth.

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Raymond Unwin: place centrale de Hampstead.

En 1907, le pasteur Bennett fonda une société pour l'édification de la cité-jardin de Hampstead au nord de Londres. C'est Unwin qui en traça les plans d'ensemble. Au milieu du terrain, il plaça le centre civique et les terrains de jeux. L'ensemble fut conçu pour Letchworth, mais, dans cette cité-jardin de luxe, les industries furent interdites, ce qui était abso­lument contraire à la doctrine des cités-jardins de Howard.

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Raymond Unwin: plan général de Heampstead.

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Raymond Unwin: détail du plan de Hampstead.

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Raymond Unwin: projet pour Hampstead.

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Raymond Unwin: Leatchworth.

 

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Raymond Unwin: schéma des rues types de Leachtworth et Hampstead.

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15/12/2008

Ebenezer Howard (1850-1928)

L'idée de la nationalisation du sol trouvée chez Henry George, l'idée de coopération trouvée chez Bellamy, amenèrent Ebenezer Howard à concevoir une ville idéale qui soit réellement une communauté socialiste.

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Ebenezer Howard.

La cité-jardin définie par Howard dans son livre intitulé "Tomorrow a Peaceful Path to real Reform" (Londres 1898) est un organisme urbain qui ne se borne pas à vouloir être un mode de vie agréable, mais réaliser une synthèse de la ville et de la campagne, en construisant des petites cités ne dépassant pas le chiffre de 30.000 habitants, entourées de terrains agricoles qui empêcheraient l'extension de ces villes nouvelles. 

Chaque ville ne s'agrandirait que par la fondation d'autres cités sembla­bles, toutes reliées par des moyens de communication rapide. La cité-jardin de Howard n'est donc que l'unité première d'un vaste ensemble. Des usines situées à la périphérie de chaque cité permettraient de donner un emploi aux habitants, tout en leur évitant de longs déplacements.

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Ebenezer Howard: les trois aimants.

Sur les 30.000 habitants de chaque cité, 2.000 seraient uniquement agricul­teurs, l'idée dominante de Howard, comme pour la plupart des utopistes du XIXe siècle, étant de "ramener le peuple à la terre". 

Sur 2.400 hectares réservés à la cité, Howard n'en destine que 400 à la construction. Tout le reste sera ceinture verte. Au centre se situe le quartier commercial et administratif. 

Pour le tracé de sa ville, Howard repousse l'échiquier cher aux utopistes et adopte le plan radioconcentrique. Les habitations sont réparties sur cinq anneaux qui entourent le cœur de la cité.

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Ebenezer Howard: principe de développement d'une ville.

Six magnifiques boulevards traversent la ville en partant du centre et la divisent en 6 parties égales, ou quartiers. Au centre, un espace circu­laire est occupé par un beau jardin bien irrigué. Autour de ce jardin sont disposés les grands édifices publics. 

Les maisons sont, pour la plupart, construites soit en cercles concentri­ques face aux diverses avenues, soit en bordure des boulevards et des voies qui convergent vers la ville. Une grande variété règne dans l'architecture et la conception des habitations.

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La cité-jardin d'Ebenezer Howard.

Pour sa cité-jardin, Howard mit sur pied une étude économique qui fut d'ailleurs surtout la partie la plus prisée de son programme. L'un des aspects également révolutionnaire de la cité de Howard c'est qu'elle allait à contre-courant du système de la séparation des fonctions de la ville, ramenant dans un même organisme, l'habitat, le travail, la production agricole, les études et les loisirs. 

Une idée importante du projet est de faire de sorte que chaque quartier de la cité soit lui-même une petite cité autonome capable de se suffire à elle-même en attendre le développement et l'organisation des autres quartiers, grâce à la pluri fonctionnalité des locaux communs, Howard, comme tous les théoriciens des cités nouvelles, était persuadé que si sa cité-jardin idéale étant réalisée, d'autres cités-jardins semblables naîtraient spontanément.

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La cité-jardin d'Ebenezer Howard.

Malheureusement, s'il put réaliser une cité-jardin prototype, Letchworth, avec les architectes Barry Parker et Raymond Unwin, à partir de  1903, cette cité ne fut pas l'aimant escompté. Par ailleurs Letchworth et la seconde cité-jardin de Howard, Welwyn, de l'architecte Louis de Soisson, placées en orbite sur l'agglo­mération londonienne, ne réussissaient pas à décongestionner Londres. 

Après la première guerre mondiale, les théories de Howard exercèrent une influence en Angleterre, en Hollande, en Scandinavie, mais elles contri­buèrent plus à transformer et à améliorer les banlieues qu'à créer des villes nouvelles. Ce n'est qu'après 1914 que le gouvernement britannique adopta les principes d'Howard pour décongestionner les villes surpeuplées. Mais là encore chacune des villes nouvelles construite restait un organe isolé, ne se reliant pas à un vaste organisme réaménageant rationnellement le territoire.

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14/12/2008

Camillo Sitte (1843-1903): l'art de bâtir les villes.

Apparaissant comme rétrograde, Camillo Sitte, l'anti-Haussmann, fut toujours accusé d'être rétrograde. Architecte, directeur de l'Ecole Impériale et Royale des Arts industriels de Vienne, sa connaissance de l'archéologie médiévale et renaissante lui inspira une théorie et un modèle de la cité idéale qu'il développa dans "Der Stadtebau nach seinen künstleriechen Grünsätzen", publié en 1889 à Vienne et traduit en 1912 en français sous le titre "L'Art de bâtir les villes".

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Couverture du livre de Camillo Sitte "L'art de bâtir les villes".

A la lecture de cet ouvrage, on s'aperçoit que le "crime" de Sitte a été de proclamer qu'en urbanisme tout comme en architecture les problèmes artistiques lui paraissent aussi importants que les problèmes techniques. En conséquence, il demandait que les études d'urbanisme ne soient plus confiées à des administrateurs, mais à des architectes. 

Reconnaissant les progrès de l'hygiène, de la mise en valeur des terrains, les facilités de la circulation, Sitte blâmait le fait que "des édifices remarquables s'élèvent le plus souvent au milieu de places mal conçues et dans le voisinage de quartiers aussi mal dessinés". C'était poser le problème de l'harmonie entre les bâtiments et leur environnement, idée alors toute nouvelle. 

Du tracé des villes anciennes qu'il étudie minutieusement, Sitte conclut à la supériorité esthétique de la ligne courbe et entend, contre l'école Haussmannienne, en démontrer les avantages pratiques.

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Couverture de l'édition originale de "L'art de bâtir les villes" publiée à Vienne en 1889.

Une ville doit être bâtie de façon à donner à ses habitants la sécurité et le bonheur.
Pour atteindre ce but, il ne suffit pas de la science d'un technicien, il faut encore le talent d'un artiste.
Qui s'inquiète aujourd'hui de la création des villes en tant qu'oeuvre d'art ? On ne voit généralement dans cette question qu'un problème techni­que à résoudre; à chaque nouvelle occasion des plans de quartier sont étudiés à un point de vue exclusivement technique, comme s'il s'agissait d'un tracé de voie ferrée, ou de toute autre question étrangère à l'art.

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Page manuscrite originale de "L'art de bâtir les villes" de Camillo Sitte.
Le grand mérite de Sitte est de s'être élevé contre la dictature de l'urba­nisme administratif et celle des agents voyers et d'en avoir démontré scientifiquement les aberrations. 

Les suggestions de Sitte ne furent hélas pas entendues dans la capitale autrichienne, mais dès sa parution, son livre eut un retentissement con­sidérable dans les pays germaniques, où il devait inspirer de nombreux plans d'extension de villes (notamment Dessau et Munich). Il devait exercer une influence décisive sur la réalisation des cités-jar­dins anglaises et l'urbanisme culturaliste anglo-saxon. Fréquemment invoqué par P. Geddes et L. Mumford pour le caractère humain des solutions qu'il préconise, Sitte représente au contraire, pour Le Corbusier et les progressistes, l'incarnation du passéiste le plus rétro­grade.

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13/12/2008

Nouvelle version du modèle culturaliste.

Une nouvelle version du modèle culturaliste apparut très tôt bien avant le modèle progressiste proprement dit dès les années 1880-1890, en Allemagne et en Autriche où l'œuvre de Marx avait déjà eu quelques répercussions. 

Cette tendance, qui s'oppose point par point aux modèles progressistes, vise surtout à ce que la totalité (l'agglomération urbaine) l'emporte sur les parties (les individus) et le concept culturel de la cité sur la notion matérielle de la ville. 

En dépolitisant la ville au profit d'une approche plus esthétique de l'environnement urbain, les architectes et urbanistes culturalistes, s'inspirant de la structure biologique des villes du Moyen-Âge, approfon­dirent ainsi l'étude psychologique de la ville et établirent les premières bases d'une psychologie urbaine qui, peu à peu, modifia les conceptions urbanistiques. 

Créateurs des cités-jardins anglaises, Camillo Site, Ebenezer Howard et Raymond Unwin, eurent une influence considérable sur la conception des villes nouvelles anglaises et furent les pionniers d'une villa aérée ou le mélange des activités permet une vie plus agréable et supprime les ghe­ttos.

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12/12/2008

Le Corbusier: une ville contemporaine.

Les nombreux plans directeurs réalisés par Le Corbusier appliquent un schéma relativement constant aux sites les plus divers. Le premier en date est le plan pour une ville contemporaine de 3 millions d'habitants de 1922. Celui-ci inspirera plus tard les divers autres plans pour Alger, Nemours, Barcelone, Buenos-Aires, Montevideo, Sao Paulo, etc. Le but de ce plan pour "Une Ville Contemporaine de trois millions d'habitants" n'était pas de vaincre des états de choses préexistants, mais d' "arriver en construisant on édifice théorique rigoureux, a formuler des principes fondamentaux d'urbanisme moderne".

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Plan et vue en perspective de la ville contemporaine de Le Corbusier.

Les principes fondamentaux du plan de la ville sont les suivants: 

1) décongestionnement du centre des villes,
2) accroissement de la densité,
3) accroissement des moyens de circulation,
4) accroissement des surfaces plantées. 

Le Corbusier décrit sa ville grâce aux rubriques suivantes:

  • Terrain: le terrain plat est le terrain idéal
  • Population: les urbains, les suburbains et les mixtes (c'est-à-dire ceux qui travaillent dans la cité et vivent à l'extérieur)
  • Densité: augmentation de la densité dans le centre de la ville qui est le siège des affaires
  • Poumon: augmentation des surfaces plantées et diminution du chemin à parcourir: il faut construite le centre de la cité en hauteur;
  • Rue: la rue moderne est un organisme neuf, espèce d'usine en longueur, entrepôt aéré de multiples organes complexes (les canalisations);
  • Circulation: trois sortes de rues, les unes en dessous des autres:

a) en sous-sol (ou niveau inférieur), les poids lourds
b) au niveau du rez-de-chaussée des immeubles, le système multiple et sensible des rues normales
c) Nord-Sud-Est-Ouest, constituant les deux axes de la ville, les autodromes de traversée pour circulation rapide à sens unique, sont établis sur de vastes passerelles de béton et sont raccordées par des rampants au niveau des rues normales; une station de métro est établie au centre de chaque quartier de 16 hectares qui regroupe une population allant de 6.000 à 50.000 habitants

  • Gare: il n'y a qu'une gare qui ne peut être qu'au centre de la ville; c'est un édifice avant tout souterrain qui regroupe

a) sur une plate-forme toiture, un aéroport de 200.000 m².
b) à l'entresol, une grande traversée automobile
c) au rez-de-chaussée, halls et guichets des métros, banlieues, grandes lignes et aviation
d) au 1er sous-sol, métro de pénétration et de grande traversée
e) au 2ème sous-sol, trains de banlieue
f) au 3ème sous-sol: trains de grandes lignes 

  • La cité: 24 gratte-ciel pouvant contenir 10.000 à 50.000 employés chacun, les affaires, les hôtels, etc... 400.000 a 600,000 habitants. Habitations de villes, lotissements à redents fermés: 600.000 habitants. Les cités-jardins: 2.000.000 d'habitants et davantage. 

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Perspective sur l'une des avenues principales de la "ville contemporaine".

À la fin de son étude sur ce projet, Le Corbusier déclare que pour lui, cette ville n'est pas "d'un futurisme périlleux, dynamite littéraire jetée en clameur à la face de celui qui regarde. C'est un spectacle orga­nisé par l'architecture avec les ressources de la plastique qui est le jeu des formes sous la lumière". 

Cet exemple de projet urbanistique réalisé par Le Corbusier montre bien l'attitude engagée, voire révolutionnaire du maître qui avait bien cons­cience de la signification et de la finalité de ses recherches. L'insistance et l'opiniâtreté dont il fit preuve pour défendre dans ses projets les principaux postulats, à la fois rationnels, humains et poétiques de son oeuvre, sont autant de facteurs qui démontrent combien il fut toujours parfaitement conscient du rôle et de la valeur de l'architecture dans la société moderne.

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Vue générale de la Ville contemporaine de trois millions d'habitants.
L'originalité tant de la personnalité même de Le Corbusier que de son oeuvre a suscité dès ses débuts les réactions les plus diverses. Il a en effet été jugé très différemment selon que les criti­ques émanaient d'artistes d'avant-garde, qui cherchaient surtout à sur­prendre et à scandaliser, ou bien d'artistes qui se proposaient au con­traire d'insérer ses nouveaux postulats pragmatiques dans un ensemble esthétique plus large. Dans une polémique célèbre publiée dans Casabella en 1956, Rogers et Argan opposent dans l'oeuvre de Le Corbusier, d'une part la recherche plastique, formelle et psychologique (villa Savoye, Modulor, etc.) et d'autre part, une recherche plus intimiste et symboliste (Ronchamps, La Tourette, Chandigarh, etc.).

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Perspective sur la Ville contemporaine.

C'est ainsi qu'ont survécu à sa mort incertitudes et contradictions au sujet de son oeuvre. Pourtant, à examiner maintenant ce que nous a laissé ce grand architecte, on s'étonne de voir qu'on n'ait pas compris plus tôt que ces contradiction apparentes sont en fait partie intégrante d'un système et d'une poétique. En tant qu'architecte moderne, et surtout en tant que polémiste le plus représen­tatif de la fin du XXe siècle, il est clair que Le Corbusier est nécessairement à la fois au-dedans et au-delà de la culture contemporaine.

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Maquette de la Ville contemporaine.

Mais aujourd'hui, on est déjà venu à se demander si les thèses de Le Corbu­sier ne risquent pas de paraître comme le manuel d'un académisme et si, désormais, ce n'est pas sur d'autres plans que se fait la nouvelle archi­tecture. Car si, pour remettre les choses en état, il entend mettre de l'ordre partout dans la cité, rendre aux hommes la condition de nature et lui donner les moyens de cultiver ses loisirs, c'est avant tout en créant un univers concentrationnaire où le dressage voisine avec la séduction: il y aura des inspecteurs d'étages dans la machine à habiter de Marseille, et, dans le monde qu'il rêve, la joie et la propreté seront obligatoires. Cette tendance de l'oeuvre de La Corbusier est révélatrice du mal qui ronge notre époque que ce monstrueux ordre nouveau soit la version perver­tie d'une idéologie qui, en elle-même, paraît infiniment dangereuse peur l'homme; personne n'a le droit de faire de force le bonheur du voisin. 

Le Corbusier appartient à la lignée de ceux qui, à travers les âges, ont voulu faire le bonheur des autres, voire au prix de leur liberté. Il est de ceux qui aiment que le monde marche tout seul autour d'eux et qui se sentent poètes lorsque leur esprit est délivré des contingences. Au contraire, il n'y a en fait de bonheur viril pour l'homme que dans le plein exercice de ses responsabilités. 

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Etude pour le Modulor.

Il est absolument incontestable que Le Corbusier pose comme formule rationnelle au bonheur humain la création de la cellule à habiter. Pour lui, l'histoire future devrait être faite de la somme des bonheurs sur mesure que des cellules standard bien étudiées assureront techniquement aux générations prochaines. Cet aveuglement, cette ignorance de ce que devrait représenter la ville future par excellence est allée jusqu'à ins­pirer à Le Corbusier un projet de transformation de Paris - hélas partiellement réalisée - où Paris disparaît. 

Cependant, malgré tous ces reproches dont on l'accable aujourd'hui, il faut reconnaître que Le Corbusier a compris parmi les premiers, voici près de cinquante ans, le pouvoir des techniques appliquées au problème de l'habi­tation comme système de formation à la fois des oeuvres et des hommes. Pour lui, l'architecture et l'urbanisme modernes se doivent de mettre en oeuvre les moyens techniques possibles en faveur de la société humaine et de créer ainsi des valeurs pures qui enrichissent l'homme spirituellement. 

Le Corbusier représente donc, par son art et par sa doctrine, un groupe de nouveaux exégètes du machinisme. En dépit des concessions faites aux besoins naturels de l'homme, en dépit de l'hymne aux loisirs, il fait dépendre toutes les valeurs d'une certaine rationalité.

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Etude pour le Modulor.