06/12/2008

Bois-du-Luc ou Bosquetville

La Société Civile des Charbonnages du Bois-du-Luc, La Barette et Trivières, Saint-Denis, Obourg, Havré est la doyenne de toutes les sociétés du pays: elle fut en effet fondée le 14 février 1685. 

En 1822, l'ensemble des concessions de la Société comprenait 5.700 hec­tares répartis sur les différentes communes.

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Les charbonnages de Bois-du-Luc avec les carrés formés par les logements des mineurs et, à droite, le "château" du gérant.

Au Bois-du-Luc, la cité du Bosquetville qui s'étendait sur les communes de Houdeng-Aimeries et Trivières, fut longtemps considérée comme un modèle qui, aujourd'hui encore, conserve son originalité caractéristique. Edifiées en 1838 à proximité de la Fosse Sainte-Barbe, 166 habitations forment cette cité dont le plan comprend quatre "carrés" traversés perpendiculairement par les deux artères principales. D'autres demeures furent aussi bâties par la Société de Bois-du-Luc qui posséda jusqu'à 698 maisons.

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Plan général de Bois-du-Luc.

Des arbres furent plantés dans certaines rues de la cité et un parc (parc du Quinconce) comprenant Kiosque et buvette fut même aménagé dès 1850. Une école primaire fut créée au centre de la cité du Bosquet et une école ménagère y fut ouverte en 1895, les différentes écoles totali­sant jusqu'à 950 élèves. Il y eut aussi une école de mineurs, une biblio­thèque et des salles de fêtes, la famille Plunkett de Rathmore, d'origine irlandaise, prit une part importante dans la direction de l'entreprise et légua en 1861 des portions de ses quotités pour la fondation de l'hospice et de l'hôpital créés grâce à elle au profit des ouvriers et vieillards ayant été au service de la Société.

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La place au centre des carrés de Bois-du-Luc.

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L'hôpital et l'hospice, construits à proximité de la cité ouvrière.

Tous ces établissements ainsi que la cité ouvrière elle-même reçurent la visite de Léopold 1er, du Prince Albert, du Prince Léopold et de la Reine Astrid. 

Si la crise des charbonnages n'était pas venue interrompre brusquement la croissance de Bosquetville, celle-ci serait certainement devenue uns commune indépendante puisqu'elle réunissait à elle seule toutes les fonctions d'une agglomération importante, depuis les transports publics (un premier chemin de fer vers Houdeng fut créé en 1847) jusqu'au lieu de culte.

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Les logements des mineurs sont disposés en carrés.

Aujourd'hui, alors que les activités du charbonnage de Bois-du-Luc sont arrêtées, les "carrés" d'habitation sont devenus des logements sociaux et sont essentiellement occupés par la main-d'œuvre étrangère (italiens, polonais, marocains) venue chercher du travail dans notre pays.

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La place de Bois-du-Luc vue de l'étage du château du gérant avec, dans l'axe, la silhouette de l'hôpital et de l'hospice.

Lien: http://www.ecomusee-regional-du-centre.be 


Agrandir le plan


Vue aérienne des carrés de Bois-du-Luc.

05/12/2008

Le Grand Hornu

Le développement sans cesse croisant des charbonnages exigeant une main-d'oeuvre de plus en plus nombreuse, main-d'oeuvre de plus en plus difficile à recruter, les exploitants des charbonnages cons­truisirent durant le XIXe siècle de vastes cités ouvrières. Parmi celles du début du siècle dernier, il faut noter la cité du Grand Hornu, située sur la route de Mons à Boussu à quelques trois cents mètres des Quatre Pavés de Hornu.

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Vue aérienne du Grand Hornu.

L'ensemble des constructions régulières et bien alignées bordaient la route sur la gauche, entourant une plaine plantée d'arbres et appelées autrefois plage d'Orange. Ces habitations furent construites par M.Degorge-Legrand pour les ouvriers des Charbonnages du Grand Hornu. 

A l'époque où M. Degorge-Legrand devint propriétaire de ces mines, les deux seuls puits à charbon qui existaient alors étaient épuisés. De 1810 à 1825, M.Degorge-Legrand fit creuser dix puits de mine, mais de grandes difficultés vinrent entraver son entreprise, les travaux souterrains étant fréquemment inondés (en 1811 notamment). 

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L'entrée principale du Grand Hornu.

Ce ne fut que pendant les années 1816 et 1817 que le propriétaire se trou­va en mesura de donner à son établissement les développements qui devaient faire de ce charbonnage l'un des principaux du pays. Comme il devait employer quinze à dix-huit cents ouvriers et que la commune d'Hornu comptait à peine trois mille habitants, il devait attirer chez lui des travailleurs étrangers au village. 

C'est principalement pour cette raison que de 1823 à 1825 cent septante-cinq habitations ouvrières furent construites. En 1832, leur nombre s'élevait à deux cent quarante-cinq. Cette colonie se compléta par une installation de bain, une salle de fêtes et une vaste école mixte où plus de deux cents enfants suivaient les cours. Dans cette école construite an 1825, les élèves apprenaient à lire, à écrire et à compter et recevaient les premiers éléments de dessin linéaire et de géométrie pratique. Une bibliothèque était mise à la disposition des travailleurs et de leurs enfants. 

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La grande cour intérieure.

Les toits des habitations, à l'origine, étaient plats; ce n'est que plus tard qu'on construisit les toitures, ce qui donna lieu à de nombreuses querelles entre voisins, les greniers n'étant pas séparés. 

Les rangées de ces maisons de mineurs ne traduisent qu'un souci pra­tique peut-être pour l'usager, rentable sans doute pour l'exploitant. De ce parti purement empirique, de construire, il ne reste maintenant que tristesse, ségrégation, déchéance. Et bientôt le vieillissement jusqu'à la vétusté et l'abandon, qui feront de ces logements des taudis. 


Agrandir le plan


Photo aérienne du site du grand Hornu.
L'histoire de cet établissement serait incomplète si nous ne pariions de la fameuse émeute connue sous le nom de "pillage Degorge". Afin de faciliter le transport des charbons au rivage de Saint-Ghislain, transport qui s'effectuait par charrettes, H. Degorge, qui avait vu fonc­tionner les premiers chemins de fer en Angleterre, fit construire dès 1830 une voie ferrée entre son établissement et le rivage en question. Ce fut l'un des premiers chemins de fer en Belgique, si pas sur le conti­nent. Ce progrès eut pour résultat de réduire considérablement la main-d'oeuvre. Les charretiers, furieux de se voir réduire au chômage, organisèrent une émeute et allèrent piller le château de M.Degorge. Celui-ci n'eut la vie sauve qu'en se réfugiant dans un pigeonnier. On cita encore aujourd'hui des familles qui tiendraient leur fortune de ce pillage, car cet événement n'a pas été oublié. 

Le charbonnage du Grand Hornu témoigne, tant dans la construction des bâtiments de la cour que dans celle des maisons pour mineurs, d'un soucis d'ordonnance qui, sans constituer une réponse aux exigences de l'urbanisation moderne, indique néanmoins que les problèmes étaient posés dès le début de l'expansion de l'industrie charbonnière au Borinage et que des solutions avaient été, à ce moment, ébauchées.

Lien: http://www.grand-hornu.be/

18:45 Écrit par Luckybiker dans 03 Exemples de réalisations | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : hornu, boussu |  Facebook |

04/12/2008

Le Familistère de Guise ou Palais social

Jean-Baptiste Godin (1817-1888) devint rapidement riche grâce à une fabrique de fourneaux et de poêles en fontes dont il était l'inventeur et qui, aujourd'hui encore, garde son nom.

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Portrait de Jean-Baptiste Godin.
Installé à Guise en 1848, il y fonda en 9 ans une nouvelle industrie pros­père. Militant fouriériste depuis 1813, Godin décide de consacrer sa for­tune à la propagande des idées de Fourier et, après avoir créé dans son usine les fonds de secours et d'assurance mutuelle, il décide de réaliser un phalanstère et, pour ce faire, s'adresse à un architecte fouriériste nommé Victor Galland, auteur en 1855 d'un "Palais familial".

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Gravure représentant une vue aérienne générale du Familistère de Guise.
Mais Godin ne traita pas avec Galland et finalement dressa lui-même les plans de ce qu'il appella le "Familistère de Guise ou Palais social" qui se voulait être "l'atelier du bien être humain externe et interne". Pour Godin, la condition qui "donnera aux familles ouvrières les équiva­lents de la richesse", c'est de les rassembler dans une habitation unitaire qui réunit tous les moyens d'assurer ses équivalents, les rend économique­ment viables et les rend indispensables. 

De 1859 à 1883, Godin fit construire les différents bâtiments de son fami­listère dans un terrain de six hectares traversé par l'Oise. Poursuivant ses activités politiques de 1869 à 1876, Godin devint maire de Guise, puis député.

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La façade principale du Familistère de Guise lors de sa construction.
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Vue générale du Familistère avec la fabrique de fourneaux et de poêles à droite.
Résidant avec sa famille dans l'un des appartements du familistère, il entreprit d'apprendre à ses ouvriers à habiter dans des logements de type urbain qui peuvent être considérés comme les plus modernes de l'époque. A cet effet, il écrivit une brochure intitulée "Règles, conseils et mesu­res d'ordre domestique au Familistère" dans laquelle il donnait à ses "sociétaires" les règles d'hygiène nécessaires à la bonne conservation et un parfait fonctionnement de leur logement.

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Plan général du site d'implantation du Familistère.
Poursuivant son oeuvre intellectuelle jusqu'à sa mort, Godin légua sa fortune à l'Association et abandonna la propriété de son usine à ses ou­vriers sous forme de coopérative de production. Celle-ci existe toujours et fabrique des radiateurs et chaudières de chauffage central.

L'emplacement pour l'édification du "Palais Social" fut choisi à proximité de l'usine et relié à celle-ci par un nouveau pont et à la ville par une nouvelle route.Familistère de Godin - Plan [web520]


Plan général du Familistère.
Le groupe principal d'habitation unitaire fut divisé en trois ailes pour échelonner les frais et l'expérience. Ces trois corps de bâtiments sont reliés entre eux avec trois cours intérieures couvertes de verrières et qui communiquent entre elles par des couloirs. 

Contre les crues de l'Oise toute proche, les caves furent construites sur le sol et ensuite remblayées. La plupart des murs et des cloisons est en brique et les surfaces inté­rieures et extérieures sont carrelées ou asphaltées pour la propreté et l'incombustibilité.

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Le Familistère vers 1900.
Les unités de logement qui peuvent être groupées se composent de deux chambres dans la largeur du bâtiment pour des raisons d'éclairage naturel et de ventilation. Les conduits de fumée sont descendus jusqu'à une gaine horizontale située dans la cave prenant jour sur la façade nord et dis­tribuant également les trois cours intérieures. Ces galeries assurent le tirage et la ventilation, la désinfection facile et des possibilités éventuelles de chauffage collectif. Afin de créer un micro-climat favorable sur les façades des accès, les cours du groupe principal ont été couvertes de verre, créant ainsi des salles utilisées peur les fêtes et les bals.

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Façade du Familistère de Guise avec la statue de son fondateur, Jean-Baptiste Godin.
Le Familistère fut complètement habité en 1861 par un total de 900 person­nes, le coût du bâtiment s'élevant alors à 1.100 francs par personnes. En 1866 furent édifiées la nourricerie et le pouponnât, en 1869 les écoles et le théâtre, en 1870 les bains et le lavoir. 

La caractéristique princi­pale de ce Familistère était donc de réunir toutes les fonctions.

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Vue intérieure du Familistère.
La cuisine collective était faite par un cuisinier, mais il était possible de confectionner un repas chez soi. Un syndicat achetait toutes les mar­chandises, ce qui supprimait le coût des intermédiaires.

L'eau était distribuée à tous les étages grâce à des réservoirs d'eau dans les greniers, La propreté et l'hygiène étaient assurées grâce à de nombreux cabinets d'aisance, à l'eau chaude pour les bains, à la ventilation dans chaque appartement. 

Chaque appartement avait vue à la fois sur l'extérieur et sur la cour intérieure. Toutes les parties communes étaient éclairées la nuit au gaz, technique alors tout à fait nouvelle. A chaque étage se trouvait un "cabinet aux balayures" (un vide-ordures), un service de femmes de ménage assurant l'entretien général du Familistère.

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Plans du Familistère de Guise.
Godin décrivit ainsi son "Palais Social de l'avenir": 

Le front du Palais fait face à la ville sur une étendue de 180 mètres. L'aile gauche a vue sur les jardins et sur les bâtiments de la manufacture, l'aile droite sur les jardins et les coteaux boisés qui bornent la vallée. La vue, derrière le Palais, s'étend sur des promenades, sur les prairies de la vallée de l'Oise... Le Familistère, ses dépendances et sa manufac­ture sont bâtis sur une propriété d'environ dix-huit hectares; une partie de cette propriété est convertie en promenades, squares et jardins d'agrément; une autre partie est consacrée à la culture des jardins et des vergers.

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L'atrium principal dans son état actuel.
Le Familistère de Guise constitue une réalisation à bien des points pros­pectives: les ouvriers de Guise étaient en fait logés dans des appartements beaucoup plus confortables que ceux de la bourgeoisie de l'époque. Le Fa­milistère de Guise n'était, bien sûr pas une ville. Mais avec ses circu­lations internes bien étudiées, son esquisse de climatisation par ses passages couverts, ne constituait-il pas un microcosme de ville ? C'était en fait l' "unité", la cellule de base d'un ensemble qui aurait pu former une ville. Guise intérieur [web520]
Vue générale d'un atrium avec ses coursives.
Le Familistère de Guise eut le privilège d'être violemment attaqué aussi bien par les bourgeois libéraux que par les marxistes et les anarchistes qui lui reprochaient d'être une caserne et d'enlever à l'individu sa li­berté. En fait, la réussite du Familistère de Cuise dérangeait toutes les théories dans leurs doctrines rigides et elles s'employèrent, avec grand succès, à faire oublier ce modèle.

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La statue de Godin à l'entrée de son Familistère.
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Façade principale du Familistère.
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Entrée principale du Familistère.

 

18:00 Écrit par Luckybiker dans 03 Exemples de réalisations | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : godin, familistere, guise |  Facebook |

03/12/2008

Réalisations.

Afin de pouvoir constater les solutions matérielles qui furent apportées durant le XIXe siècle aux nouvelles théories sociales réagissant contre une civilisation trop exhaustivement indus­trialiste, il est nécessaire d'analyser quelques réalisations de cités ouvrières basées sur le système du phalanstère. 

Si nous avons choisi plus particulièrement le Familis­tère de Guise et les cités charbonnières de Bois-du-Luc et du Grand Hornu, c'est que ces deux réalisations sont des rares qui ont pu fonctionner effectivement jusqu'à nos jours. Si de nombreux autres phalanstères furent créés aux Etats-Unis et en Angleterre, ceux-ci furent souvent éphémères et ne purent fonctionner bien longtemps pour des raisons politiques, éco­nomiques et financières mais aussi et surtout parce que beaucoup d'entre eux essayèrent de s'établir d'une seule pièce dans un site donné en imposant à leurs habitants un mode de vie stricte réglementé par les théo­ries idéologiques rigides de leur fondateur. 

Au contraire, pour les deux exemples que nous étudions ici, le développe­ment de la communauté si fit progressivement suivant les donations des fondateurs en veillant à regrouper en un même site toutes les fonctions vitales nécessaires au bon fonctionnement d'un groupement humain où les activités individuelles ne sont en aucune façon soumises aux règlements des activités de groupe. 

En réunissant le travail, l'habitat, les loisirs et les soins corporels et intellectuels, ce type de phalanstère est, en quelque sorte, mais à plus petite échelle il est vrai, le précurseur de nos villes nouvelles.

18:30 Écrit par Luckybiker dans 03 Exemples de réalisations | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |