10/11/2008

Claude-Nicolas Ledoux

Claude-Nicolas LEDOUX (1736-1806) établit la transition entre le XVIIIe siècle et le XIXe, certaines de ses architectures rappelant fortement celles de Boullée, d'autres réalisations annonçant déjà les phalanstères de l'ère industrielle. 

Après avoir fait ses études au collège de Beauvais à Paris, Ledoux apprend la gravure puis l'architecture dans l'école de Blondel et l'agence de Trouard vers 1762. 

Dans la première partie de sa carrière, il travaille surtout pour la noblesse en construisant quelques architectures assez excentriques témoignant de son goût pour les volumes simples mais monumentaux : maison à Eaubonne pour le Normand de Mézières, hôtel d'Hallwyl à Paris, château de Benouville près de Caen, hôtel de Montmorency. 

C'est autour des Salines de Chaux, à Arc-et-Senans, qu'il put, entre 1774 et 1779, réaliser son projet de cité idéale. 

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Claude-Nicolas Ledoux: projet pour les salines de Chaux.
Primitivement elliptique, puis réduite de moitié, la ville restera inachevée : autour de l'usine se développent concentriquement, et en contact avec la nature, les bâtiments d'habitation, de repos, de loisirs, les lieux de culte et la nécropole. Ledoux remplace l'enceinte de la ville par un boulevard circulaire planté d'arbres qui sert de frontière entre la cité et sa périphérie où il prévoit de disperser quelques habitations isolées. 

En 1785, Ledoux établit un autre projet pour la barrière de l'octroi de Paris. Ce projet dont il ne reste aujourd'hui, que quelques vestiges, se compose d'un mur se développant entre un boulevard planté d'arbres à l'intérieur et un chemin de surveillance à l'extérieur, mur interrompu par 17 grands bâtiments publics et quelques postes de garde. 

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Claude-Nicolas Ledoux: barrière pour l'octroi de Paris.

En 1804, Ledoux publie "L'architecture considérée sous le rapport de l'art, des moeurs et de la législation", ouvrage dans lequel il élabore une conception sociale de l'architecture et de l'urbanisme. 

Libéré de prison où la Révolution l'avait jeté par erreur, Ledoux abandonne ses travaux, mais conçoit cependant en 1792 un projet pour la rue Saint-Georges qui annonce les cités-jardins. 

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Claude-Nicolas Ledoux: les salines de Chaux

Boullée et Ledoux eurent tous deux une conception grandiose de l'architecture et de l'urbanisme, conception dans laquelle l'ornement tient très peu de place mais joue cependant un rôle symbolique. 

L'extérieur de la plupart de leurs oeuvres suggère non pas la fonction, mais la forme de certaines parties du contenu. Par leur indifférence totale envers les ordres et leurs conceptions urbanistiques avant-gardistes, Etienne-Louis Boullée et Claude-Nicolas Ledoux, en dépit de l'aspect utopique de leurs oeuvres, préfigurent indéniablement l'art de notre temps. 


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Vue aérienne des salines de Chaux.

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09/11/2008

Etienne-Louis Boullée

Cette période qui précède l'avènement de l'industrialisation s'inspira d'une antiquité épurée et gigantesque : les oeuvres architecturales qui la caractérisent se teignent de romantisme et de symbolisme et témoignent d'un goût prononcé pour le colossal et la grandiloquence. Ces particularités sont en fait le témoignage d'une période de crise sentimentaliste où les architectures provisoires des fêtes révolutionnaires s'inspiraient de l'antiquité. 

ETIENNE-LOUIS BOULLEE. 

Etienne-Louis BOULLEE (1728-1799) entra très jeune dans l'atelier de Jean-Baptiste Pierre, premier peintre du roi, mais, détourné de sa première vocation par son père, architecte lui-même, il devient l'élève de Jacques-François Blondet et de Jean-Laurent Legeay dont il reçoit les préceptes du classicisme qui ont été ceux de l'école française pendant le règne de Louis XIV, un peu oubliés depuis les innovations décoratives du rococo. 

Dans ses premières oeuvres, Boullée s'affirme comme un restaurateur de la "grande manière" nationale : église Saint Roch (1752-1763), projet pour l'Hôtel des Monnaies (1762), hôtels Alexandre et Nonville (1763-1764) et enfin le château de Chaville (1764). 

L'influence de Legeay ne sera sensible qu'après 1770. Dès lors, une nouvelle interprétation de l'architecture antique inspire à Boullée d'utopiques projets d'architectures publiques : transformation du château de Versailles (1780), projet de bibliothèque publique (1734) entre autres. 

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Etienne-Louis Boullée: Cénotaphe pour Newton.

L'une de ses dernières réalisations, l'hôtel de Brunoy (1774), qui passe volontiers pour son chef-d'oeuvre, est le seul de ses ouvrages à porter la trace de ce style renouvelé de l'antique : au jardin soigneusement étudié pour servir de décors symbolique au sanctuaire, répondent des aménagements intérieurs qui, par le jeu des glaces et des végétaux, transforment les pièces en de surprenants bosquets. Dans ce premier essai pour fondre l'architecture dans la nature, les contemporains ont pu voir les conceptions d'un peintre inspiré. 

Abandonnant tout espoir de voir se concrétiser ses autres projets, Boullée décide de donner libre cours à son imagination en se vouant à l'enseignement et à la recherche théorique. Ses travaux le conduisent à élaborer une esthétique nouvelles : à la conception classique fondée sur les règles de l'harmonie modulaire, il oppose une esthétique naturelle qu'il définit dans son essai intitulé Essai sur l'art (1783-1793). 

Le but de l'art est l'imitation de la nature et l'architecture, trop longtemps soumise aux contraintes de la commande, doit suivre les voies ouvertes par les peintres. Les diverses influences qu'il subit incitent Boullée et lui inspirent des projets surprenants par leur nouveauté, tels que le Cénotaphe de Newton (1784), représentant l'univers exploré par le célèbre savant (le dessin se trouve à la Bibliothèque Nationale).

Renouant avec la tradition funéraire de la plus haute antiquité, Boullée conçoit ainsi de nombreuses oeuvres dont l'ampleur démesurée rend leur réalisation impossible à l'époque. 

On peut considérer Boullée comme l'architecte le plus représentatif de la Révolution française, bien qu'il soit resté en marge des événements. De fait, son architecture reste la meilleure expression des idéaux philosophiques qui a inspiré les doctrines politiques d'alors.

20:12 Écrit par Luckybiker dans 01 Avant l'ère industrielle | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : boullee |  Facebook |

08/11/2008

XVIIème siècle.

Les forteresses françaises du XVIIe siècle devaient se rapprocher de la cité idéale de la Renaissance : les oeuvres multiples de VAUBAN (1633-1707) en sont un témoignage irréfutable. 

Dans son projet de ville de Neuf-Brisach, il tentait même d'intégrer les classes sociales, chose assez nouvelle pour l'époque. 

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Vues aériennes de Neuf-Brisach.

Quant à CAMPANELLA (1568-1639), sa Cité du Soleil était composée comme un immense palais de la découverte pouvant satisfaire toute la curiosité de ses citoyens. 

Ce philosophe italien annonce la totale émancipation intellectuelle et morale du genre humain et rêve une cité idéale dans laquelle tous les hommes, sous la conduite des savants, formeraient une société unique et mettraient leurs biens en commun. 

L'oeuvre de Campanella peut donc être considérée comme l'une des premières qui préconisèrent une sorte de communisme avant la lettre.

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Portrait de Tomasso Campanella.

 

18:00 Écrit par Luckybiker dans 01 Avant l'ère industrielle | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vauban, campanella |  Facebook |

07/11/2008

XVIème siècle

C'est en 1516 que Thomas MORE (1480-1535), grand chancelier d'Angleterre et confident d'Henry VIII, publia à Louvain son "Utopia", livre dont le titre basé sur un jeu de mots affirmait le but de son auteur de décrire un lieu agréable (eutopia) qui n'existait nulle part (outopia) et se voulait être l'exemple parfait d'une Angleterre idéale divisée en 54 comtés dont les centres seraient 54 villes établies sur plan régulier et réunissant chacune 6.000 familles. 

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Edition originale de "Utopia".

Si cette oeuvre capitale fut presque totalement ignorée des contemporains de Thomas More, elle devait cependant inspirer de nombreux autres utopistes qui reprirent par la suite un même mode d'expression pour décrire leur cité idéale.

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Gravure extraite de "Utopia".

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06/11/2008

La Renaissance

Pendant la Renaissance, grâce aux grandes richesses des mécènes, l'imaginaire se rapproche de la réalité et quelques architectes ont le privilège de devenir des faiseurs d'utopies pratiques. C'est aussi pendant ce XVe siècle que les architectes se préoccupèrent pour la première foi d'intégrer la ville à la nature et de tenter de l'adapter au site. 

L'architecte florentin Battista ALBERTI (1404-1472) fut l'un des premiers à s'intéresser a ces problèmes alors que son contemporain FILARETE (1400-1469) aborde les questions d'aménagement urbain et rural en tentant de placer sa ville circulaire dans un vaste paysage. 

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Médaillon représentant Batista Alberti.

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Filarete - Cité imaginaire.

Quant à Léonard de VINCI (1452-1519), inventeur de génie d'autant plus surprenant qu'il est universel, il nous propose une ville où, pour la première fois, l'élément technique prend autant d'importance, sinon plus, que le paysage.

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Dessin de Léonard de Vinci pour un projet de ville sur deux niveaux.

Pour lutter contre l'insalubrité des villes comme Milan, il dessine des projets de ville sur deux niveaux qui organisent verticalement les services et la population. Il écrit:

Et sache que si quelqu'un voulait parcourir la ville en utilisant uniquement les rues hautes, il pourrait le faire commodément; et de même celui qui voudrait circuler en ne prenant que les basses. Dans les rues hautes ne doivent passer ni chariots, ni autres véhicules semblables : ces rues ne servent qu'aux personnes de qualité. Dans les rues basses passeront les chariots et autres transports destinés à l'usage et commodités du peuple.

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Dessin de Léonard de Vinci pour un projet de ville idéale.

05/11/2008

Vitruve et Hippodamos

Si Thomas More fut l'inventeur des utopies, ce mode d'invention de la cité idéale fut utilisé dès l'antiquité par quelques précurseurs inventifs préoccupés et divisés sur la question de savoir si la société devait épouser le cadre nouveau dans lequel elle pouvait s'installer ou si le milieu urbain devait être le reflet de l'ordre social établi. 

Aujourd'hui même, ces questions restent toujours d'actualité et les grands génies urbanistiques de notre XXe siècle n'ont pu y répondre de façon catégorique d'autant plus que les solutions qui, il y a quelques années encore, étaient considérées comme assez avant-gardistes, n'étaient on fait que des trouvailles datant de l'Antiquité. 

La Chartre d'Athènes définissait le processus de zonage et défendait l'orthogonalité des oeuvres architecturales et urbanistiques, idées apparemment assez révolutionnaires pour l'époque. 

Pourtant, le grec HIPPODAMOS découpait déjà le plan du Pirée en damier et entourait ses agoras de trois quartiers réservés aux artisans, aux guerriers et aux agriculteurs, le plan de la ville reflétant ainsi sa fonction et la situation sociale de chacun de ses habitants. 

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Plan du Pirée par Hippodamos.

VITRUVE (1er siècle avant J-C) adopte le parti opposé et propose dans son traité intitulé "De Architectura", une ville sur plan circulaire entourée de murs dont la fonction militaire aurait disparu et traversée par huit artères principales dont le tracé aurait été défini par les huit vents dominants, chaque avenue étant dédiée à l'une des huit divinités des vents. Le bâtisseur de villes devenait ainsi l'interprète des phénomènes célestes. 

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Plan de la ville circulaire selon Vitruve.

Le plan de la ville circulaire que nous proposait Vitruve fut, en réalité, appliqué de nombreuses fois dans l'histoire de l'urbanisme, notamment au Moyen Age où la protection des citoyens civils et religieux exigeait une enceinte fortifiée dont le périmètre soit dépourvu de tout point faible. 

Le développement spontané de certaines villes et villages ruraux se fait aussi très souvent sur ce même schéma de plan. D'après les ethnologues, ce type d'implantation exprimerait le souci d'exorciser la mort et rappellerait à l'homme qu'il participe pour chacun de ses gestes à l'harmonie de la communauté dans laquelle il vit.

plan de Palmanova


Plan de la ville de Palmanova, construite en 1593

Palmanova_Venise construite en 1593 


Vue aérienne de Palmanova
 


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